vrai-faux-cubes.jpg

Les allégations santé sur les réseaux sociaux sont très nombreuses et le Détecteur de rumeurs, depuis 10 ans, en a vérifié un grand nombre. Voici comment, la plupart du temps, nous procédons pour voir si ces allégations passent le test de la crédibilité. 


La rubrique du Détecteur de rumeurs fête ses 10 ans en 2026. Cliquez ici pour lire plus de 800 autres textes. 


 

Les allégations prennent souvent la forme d’une image de synthèse accompagnée d’une phrase percutante comme « la crème glacée est en fait un des aliments les plus santé qui existent » ou « les hommes qui marient des femmes intelligentes ont tendance à avoir un cerveau plus en santé plus tard dans leur vie ».

Par exemple, l’équipe du Détecteur de rumeurs est récemment tombée sur une publication qui prétendait que l’utilisation de produits d’hygiène personnelle sans agent de conservation pouvait désactiver les gènes de cancer du sein en seulement 28 jours.

Message sur les phtalates

Est-ce que d’autres sources en parlent?

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

Première vérification : entre février 2025 et janvier 2026, le Détecteur de rumeurs a identifié 12 publications très similaires. Toutes montraient l’image d’un sein avec ce qui ressemble à une tumeur et un titre qui mentionne que l’utilisation de produits d’hygiène personnelle sans agents de conservation permet de « désactiver » les gènes responsables du cancer du sein en « seulement 28 jours ». Dans certains cas, on précise que les agents de conservation en question sont les parabènes et les phtalates – deux composés antifongiques et anti-microbiens. 

Le fait de voir la même information répétée presque mot pour mot à plusieurs reprises, est toujours un drapeau rouge. En effet, une stratégie des sites de désinformation est d’utiliser le même contenu plusieurs fois pour donner l’impression qu’il a été souvent repris, comme si plusieurs sources confirmaient cette information. Devant des publications quasiment identiques, il est donc préférable de se méfier.

Qui est derrière ces publications?

L’étape suivante pour établir la crédibilité d’une information, c’est de déterminer qui sont les personnes qui la partagent. 

La première publication que nous avons trouvée et qui avait été publiée en février 2025, l’avait été sur une page Facebook intitulée « Amazing Science Facts ». Elle est administrée par un créateur de contenu anonyme, ce qui n’est jamais un bon signe. Quatre publications similaires ont été partagées par des comptes similaires. Règle générale, lorsqu’on ne peut pas identifier l’auteur d’une publication, la prudence est de rigueur.

Par ailleurs, l’information a aussi été partagée par des sources un peu plus sérieuses comme le Dr Partha Nandi, un gastroentérologue et professeur de médecine à l’Université d’État du Michigan, ou comme Hashem Al-Ghaili, un vulgarisateur scientifique titulaire d’un baccalauréat en biotechnologie de l’Université Peshawar, au Pakistan.

Cependant, comme on l’a expliqué ici, un scientifique et un expert, ce n’est pas la même chose. Dans ce cas-ci, l’affirmation ne semble pas provenir d’experts sur le cancer et il faut donc poursuivre nos recherches.

Quelle est la source?

Même si, à ce stade, on aurait de bonnes raisons de mettre cette publication de côté, accordons-lui le bénéfice du doute. L’étape suivante pour déterminer si cette allégation est digne de confiance, c’est de vérifier si une étude est citée pour l’appuyer.

La première publication, celle qui date de février 2025, ne mentionne aucune source. C’est à partir de novembre 2025 que certaines publications citent une étude publiée dans la revue Chemosphere intitulée « Short-term avoidance of endocrine-disrupting chemicals reverses molecular changes in breast tissue ». L’auteur serait un certain Madubata. Il n’existe toutefois aucun article scientifique portant ce titre et aucun texte n’a été publié par un auteur de ce nom dans la revue Chemosphere.

Puis, étrangement, à partir de décembre 2025, la source n’est plus la même. Il s’agit toujours d’un article publié dans la revue Chemosphere. Le titre a toutefois changé pour « Reduction of daily-use parabens and phthalates reverses accumulation of cancer-associated phenotypes within disease-free breast tissue of study subjects ». L’auteur cité est maintenant RA Rudel. 

Cette fois, il existe bel et bien un article portant ce titre publié en 2023 dans Chemosphere. Cependant, aucun des auteurs ne s’appelle Rudel.

Depuis deux ans, les logiciels d’IA générative sont connus pour inventer des études. Cela pourrait expliquer les références carrément fausses.

Que dit l’étude?

Pour les besoins de l’exercice, nous sommes allés lire l’article de Chemosphere.

Dans l’étude, on a demandé à 36 femmes qui utilisaient déjà des produits contenant des parabènes et des phtalates de changer pour des produits qui n’en contenaient pas, pendant 28 jours. Plusieurs prélèvements ont été réalisés avant et après. 

Ce que les chercheurs ont conclu, c’est que lorsque les participantes utilisaient ces produits sans agents de conservation, elles y étaient moins exposées. Un résultat qui n’est pas surprenant…

Les chercheurs ont également mesuré l’expression de certains gènes chez 14 des 36 participantes. Ils ont remarqué que certains gènes qui sont normalement associés à un risque accru de cancer, étaient moins actifs lors de l’utilisation de produits sans parabènes et sans phtalates. C’est ce qui a fait dire aux auteurs que l’utilisation de produits sans agents de conservation pourrait être une piste pour réduire les risques de cancer du sein. 

Cependant, il s’agit d’une très petite étude —36 femmes, c’est un échantillon attribuable à une étude préliminaire— où il y n’avait pas de groupe contrôle, c’est-à-dire un groupe qui n’aurait pas modifié ses habitudes pour les produits d’hygiène personnelle. Si ces observations peuvent être intrigantes, elles ne permettent certainement pas de conclure que le fait d’opter pour des produits sans agents de conservation réduirait les risques de cancer du sein. Et encore moins que cela « désactiverait » les gènes du cancer du sein. 

Verdict

Même si l’allégation n’est pas complètement fausse, le fait qu’elle ait été partagée abondamment par des créateurs de contenus qui ne semblent pas avoir pris la peine de vérifier sa source, nous oblige à la prudence. Cette conclusion montre une fois de plus l’importance de ne pas croire spontanément les nombreuses allégations santé qui se retrouvent sur les réseaux sociaux.

Je donne