Irréaliste. C’est le qualificatif qui revient le plus souvent pour désigner le « défi vert » lancé ce mois-ci par Al Gore. Un défi qui implique un changement de perspective : ce ne sont plus des actions individuelles qui vont sauver la planète, mais des actions politiques —et c’est peut-être en cela qu’il est irréaliste. Du moins, dans le délai fixé par l’ex-vice-président.

« Nous devons abandonner le concept voulant que des actions personnelles puissent résoudre cette crise; nos politiques doivent changer ». a-t-il dit dans ce discours, le 17 juillet. Et changer, pas qu’un peu : pour toute l’électricité produite sur le territoire américain, il propose rien de moins qu’une conversion à 100% aux énergies renouvelables. Autrement dit, que d’ici 2018, le pays le plus gourmand en pétrole ait complètement abandonné —sauf pour l’automobile, gros compromis— sa dépendance aux carburants fossiles.

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C’est presque de la folie, note le Time, et ce n’est rien à côté des qualificatifs employés par les commentateurs de droite.

Mais une fois la poussière retombée, d’autres commentateurs ont tempéré les ardeurs. Irréaliste peut-être en 10 ans, mais pourquoi pas 20? Le programme semble beaucoup plus pragmatique qu’il en a l’air :

- Économiquement : il constituerait un formidable coup de fouet à l’économie américaine, à un moment où elle en a bien besoin. - Politiquement : l’argument de l’ex-vice-président de cesser d’exporter des trillions de billets verts dans la région la plus instable du globe, a touché une corde sensible, même chez les commentateurs qui ne peuvent pas voir Al Gore en peinture.

Combien ça coûterait? Le discours du 17 juillet ne contenait aucun calcul, sinon l’admission que cela tirerait, au début, les prix de l’énergie vers le haut —encore plus! L’Alliance pour la protection du climat, un groupe fondé par Al Gore, évalue qu’il faudrait de 1500 à 3000 milliards de dollars pour transformer les États-Unis en une nation de centrales éoliennes, solaires, géothermiques —avec le nucléaire conservant sa part actuelle du gâteau, soit 20%. C’est à peu près ce qu’a coûté la guerre en Irak... jusqu’ici.

Le programme entraînerait la fermeture de 1500 centrales au charbon, qui produisent la moitié de l’électricité américaine, et de 5500 centrales au gaz naturel.

Les énergies renouvelables ne représentent là-bas que 3% de la production d’électricité : pour atteindre le niveau de production des centrales au charbon et au gaz, il faudrait construire 500 000 éoliennes! Ou « seulement » 100 000 si on améliore leur performance. En 10 ans, ça veut dire 10 000 par année...

Un discours de rêveur? Sans aucun doute. Mais pourquoi pas, dit ce chroniqueur du New York Times. Après tout, c’est pour ça que des millions d’Américains, et des dizaines de millions de non-Américains, sont en ce moment séduits par l’idée d’un président Barack Obama... Et qui sait, peut-être choisira-t-il comme ministre de l’Énergie un certain Al Gore...

Pascal Lapointe

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