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La géoingénierie pourrait-elle limiter les effets d’El Niño? Si certains scientifiques estiment que oui, plusieurs demeurent prudents.

Le phénomène météorologique El Niño fait un retour cette année et les conséquences sur le climat à travers la planète risquent d’être particulièrement importantes. C’est dans ce contexte que des chercheurs de la Californie ont évalué une approche de géoingénierie pour en atténuer les impacts.

En temps normal, des vents réguliers (appelés alizés) soufflent d’est en ouest au-dessus de l’Océan Pacifique, ce qui permet de déplacer l’eau chaude de l’Amérique du Sud vers l’Asie. Lorsqu’El Niño se produit, les alizés s’affaiblissent et on observe une élévation inhabituelle de la température de l’eau de surface dans la région tropicale de l’océan Pacifique.

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Dans leur article publié le 8 juillet dernier dans la revue Science Advances, les chercheurs californiens proposaient d’utiliser le blanchiment des nuages marins pour stopper le déclenchement d’El Niño, explique-t-on dans le magazine Scientific American. Cette technique consiste à injecter des particules aérosols dans les nuages de basses altitudes.

L’idée est venue aux chercheurs après avoir observé les effets des feux de broussailles australiens qui ont eu lieu en 2019-2020, précise-t-on dans un texte du Smithsonian Magazine. En effet, la fumée émise alors avait éclairci les nuages dans au sud-est du Pacifique ce qui avait produit des effets climatiques similaires à La Niña, le phénomène opposé à El Niño.

C’est que ce qui a mené à l’hypothèse que le blanchiment des nuages au large des côtes du Pérou et du Chili pourrait avoir un effet similaire. En effet, en augmentant la capacité des nuages à refléter la lumière du soleil, on diminue la quantité qui atteint l’océan, privant ainsi El Niño de l’eau chaude dont il a besoin.

Les scientifiques ont eu recours à une simulation informatique pour modéliser ce qui se serait passé si on avait utilisé cette stratégie lors des El Niño de 1997 et de 2015. Conclusion : le blanchiment des nuages aurait perturbé la formation d’El Niño.

Le blanchiment des nuages demeure toutefois une théorie qui n’est pas près d’être testée dans des conditions réelles, soulignait un chercheur de l’Université d’Exeter au Royaume-Uni en entrevue accordée au Smithsonian Magazine. Notamment, parce que cette approche nécessiterait 2 400 navires, ce qui correspond à 2 % de la flotte commerciale mondiale, selon les chercheurs.

Une théorie controversée

Plusieurs experts croient qu’on ne devrait pas jouer avec le climat. En entrevue pour Scientific American, le scientifique à la retraite Michael McPhaden qui a travaillé pour la US National Oceanic and Atmospheric Administration jugeait qu’il était risqué d’interférer avec des phénomènes météorologiques aussi complexes qui sont en place depuis des millions d’années.

D’ailleurs, les simulations réalisées par les chercheurs californiens ne pouvaient pas prédire les conséquences du blanchiment après deux ans en raison de l’incertitude de leur modèle. Toujours en entrevue pour Scientific American, le scientifique planétaire Raymond Pierrehumbert estimait qu’il est difficile, voire impossible, de prévoir les conséquences à long terme d’atténuer El Niño.

Enfin, El Niño n’a pas que des impacts négatifs. Par exemple, il diminue la force des ouragans dans l’Océan Atlantique. Intervenir dans une région du monde peut donc avoir des conséquences graves dans d'autres régions du monde.

Les chercheurs de la Californie persistent toutefois à croire que leur approche demeure une piste de solution potentielle. Selon eux, l’utilisation temporaire et localisée du blanchiment des nuages permettrait de tirer profit de ses effets positifs à court terme sans les risques à long terme.


Apprenez-en plus sur le sujet dans cet épisode du balado du Détecteur de rumeurs.

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