Comme nous l'écrivions avant Noël (voir ce texte), le comité d'enquête avait d'abord conclu que 9 des 11 lignées de cellules-souches soi-disant clonées, à en croire l'article paru dans Science en mai 2005, n'existaient pas; le même comité d'enquête a annoncé en conférence de presse, le 29 décembre, qu'il n'y avait aucune preuve non plus quant au clonage des deux autres lignées: leur ADN ne correspond pas à l'ADN des patients de qui ces cellules-souches étaient censées provenir.
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En d'autres termes: il y a eu falsification délibérée.
La section spéciale de la revue Science
Clonage: que se passe-t-il en Corée (semaine du 19 décembre)
L'équipe de l'Université nationale de Séoul a-t-elle réussi, en revanche, le tout premier clonage de cellules-souches, celui qui avait été annoncé 15 mois plus tôt, dans un article paru en février 2004? C'est ce qu'on saura peut-être la semaine prochaine.
Et les autres signataires? Mais pendant que le Dr Hwang Woo-suk subit seul l'opprobe, il est facile d'oublier que 25 personnes ont apposé leur signature sur ce fameux article de mai 2005 (dont Gerald Schatten, de l'Université de Pittsburgh, qui a été, en novembre, le premier à demander que sa signature soit retirée, et Roh Il-Sung, de l'Hôpital MizMedi de Séoul, qui a été le premier à dénoncer les pratiques douteuses de son collègue).
Certes, une recherche scientifique peut être parfois très cloisonnée: il est normal que la plupart des chercheurs n'aient qu'une vue partielle de l'ensemble du projet. En fait, il n'est pas entièrement impossible qu'aucun des 25, en-dehors de Hwang, n'ait été au courant des falsifications; mais à défaut d'autre chose, cela en dirait long sur leur rigueur.
Quant à l'article de février 2004, il a été co-signé par 15 chercheurs, y compris Hwang. Compte tenu que certains des chercheurs ont participé aux deux recherches, cela fait un total de 32 signatures: toutes ignorantes? Enfin, il y a le cas du clonage d'un chien, également proclamé par l'équipe de Séoul, et paru dans Nature en août 2005, qui est lui aussi visé par l'enquête, dirigée par la Dr Roe Jung-hye, doyen du Bureau de la recherche à l'Université nationale de Séoul.
En attendant, la recherche mondiale sur le clonage de cellules-souches est renvoyée à la case départ. Aucune autre recherche n'est parvenue jusqu'ici à cloner des cellules-souches associées à des patients précis: on n'est donc même plus sûr que cela soit possible.
Le revers est d'autant plus énorme que les cellules-souches représentent un domaine qui jouit, depuis cinq ans, d'une attention médiatique sans équivalent en biologie, d'investissements énormes le gouvernement sud-coréen, fierté nationale oblige, y a versé des milliards de dollars et qui suscite des espoirs, pour tout dire, démesurés. La suite au prochain numéro...





