Il y a un peu plus de deux ans, le Canada devenait le premier pays à déposer une loi autorisant l’exportation, vers les pays les plus pauvres, de médicaments moins coûteux. Aujourd'hui, rien n’a bougé.

Le geste avait réjoui les promoteurs de médicaments génériques, ces copies moins coûteuses de médicaments "officiels", qui se débattent depuis des années entre les compagnies pharmaceutiques —qui défendent leurs brevets— et les règles internationales du commerce —qui obligent les pays à défendre les compagnies qui défendent leurs brevets.

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

Reprenons du début. Il y a six ans, le dossier des médicaments génériques avait suffisamment suscité l'indignation pour obliger les compagnies pharmaceutiques à reculer: placées devant le désastre du sida africain, où des médicaments à bas prix pourraient sauver des vies, placées de surcroît devant le désastre de relations publiques qu'entraînait leur intransigeance, les géants pharmaceutiques avaient accepté d'ouvrir la porte à la distribution de médicaments génériques (pour un résumé, lire David a fait trébucher Goliath).

Une toute petite porte. Mais les promoteurs des médicaments génériques, dont en tout premier lieu des gouvernements comme le Brésil (voir ce texte de 2001 et celui-ci de 2004) et l'Inde, avaient continué d'en produire, obligeant la question à faire son chemin dans les méandres de l'Organisation mondiale du commerce.

Le 30 août 2003, après de nombreux débats, était adopté un texte autorisant l'exportation de ces médicaments vers les pays vivant une situation d'urgence. Un texte mitigé, mais une victoire tout de même des pays du Sud (voir ce texte).

En novembre 2003, le Canada devenait le premier pays à déposer un projet de loi (voir ce texte), et en mars 2004, le premier pays à voter une loi. Une loi mitigée là encore, critiquée notamment pour sa complexité par Médecins sans frontières et le Congrès du travail du Canada (lire Goliath garde le gros bout du bâton), mais un pas important tout de même, salué en ce sens par la communauté internationale.

Et pourtant, plus de deux ans plus tard, pas un seul médicament n'a été livré, viennent de dénoncer différents groupes dont, encore une fois, Médecins sans frontières... profitant pour cela de l’ouverture de la conférence mondiale sur le sida qui a lieu... au Canada! Une absence notable à cette conférence: le premier ministre canadien.

Je donne