Je ne reviendrai pas sur le coeur du livre, mais puisque ce blogue-ci traite de médias et de science, je vais juste en extraire deux anecdotes qui illustrent la façon dont d’habiles manipulateurs —des firmes de relations publiques très bien payées— s’y prennent pour manipuler l’information scientifique destinée au public.
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1) Créer un institut ou quelque groupe d’apparence crédible qui, avec l’aide d’universitaires payés par l’industrie (des scientifiques généralement sans rapport avec le sujet ou des économistes), publiera des textes et donnera des conférences à seule fin de « semer le doute » dans les médias.
Une autre citation affirmait que des réglementations inadéquates coûteraient à une famille de quatre personnes, 1800$ par année. Sur quoi se basait cette affirmation? Personne ne le savait, parce [qu’il] ne citait aucune source primaire. Presque toutes les citations étaient des opinions présentées comme des faits...Il en était de même des articles, souvent repris du Wall Street Journal et de l’Investor’s Business Daily, et écrits par des personnes possédant un long historique de défense de produits industriels dangereux. Michael Fumento par exemple, chroniqueur pour la chaîne de journaux Scripps Howard, et défenseur de longue date des pesticides, demandait dans l'Investor’s Business Daily : « Les pesticides sont-ils vraiment si dangereux? » Fumento fut plus tard renvoyé de Scripps Howard pour avoir failli à dévoiler un paiement de 60 000$ de Monsanto...
2) Utiliser les médias déjà sympathiques à la cause —et de préférence, ceux qui sont influents— pour propager les textes de ces « instituts », de manière à ce que les autres médias se sentent ensuite obligés d’en parler à leur tour.
La presse d’affaires, toutefois, commença à reprendre le thème de [Fred] Singer [qui niait alors l’existence des pluies acides]. Fortune publia un article d’un chercheur de l’Institut Hudson, un groupe de réflexion (think tank) créé par le faucon de la guerre froide Herman Kahn. « Peut-être que les pluies acides ne sont pas le méchant », compte tenu qu’il en « coûterait éventuellement 100 milliards$ aux Américains... pour réussir une réduction majeure des émissions de dioxyde de soufre. Avant de se soumettre à quelque programme de cette ampleur, nous avons intérêt à être sûr que les pluies acides sont vraiment une menace. »L’article ne se contentait pas de mal représenter l’état de la science, il présentait erronément son histoire. « Il n’est pas étonnant qu’il y ait de gros désaccords sur les pluies acides. La pluie a été étudiée depuis seulement six ans. » ([c’était plutôt une vingtaine d’années]). Le Wall Street Journal publia en page éditoriale un texte d’un consultant d’Edison Electric du nom d’Alan Katzenstein, intitulé « L’acidité n’est pas un facteur majeur ». Celui-ci remettait en question les preuves scientifiques et suggérait que le vrai « méchant dans l’histoire de la pluie acide » soit en fait l’aluminium. Un écologiste forestier répondit dans une lettre à l’éditeur « Katzenstein a fait plusieurs affirmations sur les découvertes des chercheurs [et] elles étaient toutes incorrectes! » Qui était Katzenstein?... Il était un consultant économique qui avait auparavant travaillé pour l’industrie du tabac.
Oreskes et Conway, Merchants of Doubt, 2010.





