Et s’il n’y avait plus de poissons dans nos assiettes? Ni fruits de mer? D’ordinaire, la crainte est de voir disparaître une espèce, comme la morue, ou une série d’espèces. Mais jamais auparavant n’avait-on envisagé la disparition de la totalité de la faune sous-marine.

Du moins, la faune sous-marine qui est la cible des pêcheurs. Si ces derniers ne changent pas radicalement leurs pratiques, il pourrait bien ne plus rien rester à nous mettre sous la dent aux environs de l’an 2050.

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Dans une étude qui a fait le tour du monde en quelques heures, des chercheurs de cinq pays dressent ainsi un portrait plus noir que jamais de l’avenir de la pêche. Et de l’avenir de notre alimentation.

Comment l’équipe dirigée par Boris Worm, biologiste marin à l’Université Dalhousie de Halifax (Nouvelle-Écosse) est-elle arrivée à cette estimation? À partir de l’analyse de 50 années de données sur les pêches. Et ces données proviennent d’un projet, appelé Sea Around Us, qui a justement été institué il y a une quinzaine d'années en réponse au déclin appréhendé des espèces commerciales de poissons. Ce programme de recherche, hébergé à l’Université de Colombie-Britannique, est aujourd’hui devenu une méga-base de données: 500 millions d’items sur les captures de pêcheurs des quatre coins du monde, remontant aux années 1950.

L'objectif de départ n'était toutefois pas de documenter le déclin des espèces commerciales, qui ne fait pas de doute, mais de répondre à l'objection selon laquelle des perturbations chez quelques espèces autres que des poissons peuvent nuire à l'ensemble des réserves de poissons. Autrement dit, cette étude, disent ses auteurs, démontre que tout est interelié: une chute rapide de la biodiversité depuis 200 ans s'est accompagnée d'un déclin de la qualité des eaux près des côtes qui elle-même s'est accompagnée d'une croissance d'algues dévastatrices pour la vie sous-marine.

Ceci dit, leur conclusion la plus spectaculaire –la mort de la pêche commerciale vers 2050 si rien n'est fait entretemps– suscite quelques objections.

Ainsi, pour Steve Murawski, scientifique en chef au service des pêches de l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère des États-Unis (NOAA), bien qu'il ne fasse pas de doute que les réserves de poissons doivent être protégées avec beaucoup plus d’ardeur qu’elles ne sont protégées aujourd’hui, le modèle choisi par Boris Worm et ses collègues, et paru dans la dernière édition de la revue Science, s’appuierait sur une définition du mot "effondrement" (collapse) qui ne fait pas l'unanimité: on parle d’effondrement d’une population lorsque celle-ci atteint 10% de son maximum historique. Or, on ignore totalement si ce chiffre correspond à quelque chose d’aussi dramatique pour un écosystème.

"Ce n'est pas un bon indicateur de ce qu'est une réserve de poissons en santé", déclare Murawski parce que cela fait courir le risque de sous-évaluer une population de poissons à partir d'une seule saison de surpêche.

N'empêche que 29% des réserves de poissons disponibles en 1950 se sont d'ores et déjà effondrées, un fait que même les sceptiques ne nient pas. Tout au plus Boris Worm et ses collègues se réjouissent-ils que certains des efforts de conservation des dernières années aient renversé le déclin dans certaines des 44 zones protégées qui ont été étudiées. Si l'effort était accentué, l'échéance de 2050 reculerait peut-être d'autant.

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