Et encore un rapport alarmant sur le réchauffement climatique. Mais celui-ci ne parle pas d’un impact dramatique sur les animaux ou les écosystèmes: il parle de récession économique. Un langage de nature à faire réagir gens d’affaires et politiciens.

Le statut de l’auteur de ce rapport britannique lui a de plus valu de se retrouver ce lundi, 30 octobre, dans tous les médias de la planète: Sir Nicholas Stern fut rien de moins que l’économiste en chef de la Banque mondiale. Dans son rapport, réalisé à la demande du ministère britannique de l’Économie, Stern écrit que si les gouvernements ne réagissent pas dans les 10 prochaines années, le réchauffement climatique pourrait coûter à l’économie mondiale la rondelette somme de 7000 milliards de dollars.

Pour les amateurs de chiffres, c’est davantage que le coût des deux guerres mondiales réunies et davantage que la crise de 1929.

De quoi plonger l’économie mondiale dans une profonde récession, écrit l’économiste. Même un arrêt immédiat des émissions polluantes ne parviendrait pas à contrer les effets néfastes: autrement dit, les gouvernements doivent déjà s’attendre à voir tomber les factures.

D’où proviendront ces factures? Des catastrophes naturelles, comme l’ouragan Katrina, des nécessités d’adaptation des infrastructures (routes côtières détruites par l’érosion, bâtiments endommagés par les inondations, la fonte du pergélisol, etc.) et des réfugiés qui, victimes de sécheresses ou d’inondations, pourraient s’élever à 200 millions de personnes.

Le fait qu’un tel sujet soit exceptionnellement pris en main par un économiste, plutôt qu’un scientifique, lui donnera du poids face à ceux qui continuent de nier la gravité du réchauffement climatiqu, -du moins, c'est ce qu'espèrent les écologistes. Les médias d’ordinaire davantage intéressés à l’économie qu’à la science, dès le lundi 30 octobre, n’ont pas manqué de souligner ce fait, du Financial Times à The Economist en passant par Le Figaro.

Nicholas Stern donne également des armes aux écologistes, en faisant de la "taxe au carbone" une des principales recommandations de son rapport: mettre un prix sur l’émission de gaz à effet de serre à travers une taxe, une bourse d’échange ou des réglementations, constituerait un élément essentiel, dit-il, d’une lutte au réchauffement climatique.

L’économiste préconise des dépenses de l’ordre de 1% du PNB annuel de la planète pour renverser la tendance, de même que des mesures contraignantes à l’égard des pays les plus polluants, nommément les États-Unis et la Chine.

Ce rapport de près de 700 pages, "rapport coup-de-poing", écrit Le Figaro –quotidien de droite– survient moins de deux semaines après que le gouvernement canadien eut publié son nouveau "plan vert", qui renvoie à un futur lointain une véritable lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Ce plan est toutefois sujet à l’approbation du Parlement canadien, où le gouvernement est minoritaire.

De plus, ce rapport s’inscrit dans le cadre d’un effort du gouvernement britannique, écrit l’agence financière Bloomberg, pour ramener le gouvernement américain à la table des négociations du Protocole de Kyoto. Cela en fait donc un rapport plus politique qu’économique, juge The Economist.

De fait, Nicholas Stern s’attaque à la vision couramment admise par les enviro-sceptiques (dont plusieurs politiciens américains, canadiens et australiens), selon laquelle lutter contre le réchauffement serait de l’argent jeté par les fenêtres et pourrait même miner la qualité de l’économie. Au contraire, réplique l’économiste, agir maintenant coûterait moins cher (1% du PNB annuel mondial) que de laisser aller (ce qui se chiffrerait par des dégâts oscillant entre 5 et 20% du PNB annuel mondial, dépendamment de la nature et de l’ampleur de ces dégâts).