Pendant des années, l’ancien président Thabo Mbeki a nié la réalité du sida: à partir de 2000, il a d’abord publiquement nié l’association entre le sida et le VIH —le virus qui, identifié il y a 25 ans, a valu cette année le Nobel de médecine à son découvreur. Puis en 2002-2003, face aux protestations, y compris dans son pays, il a paru plier, mais a considérablement retardé l’entrée dans son pays des médicaments anti-sida. Jusqu’en 2006, sa ministre de la Santé allait jusqu’à recommander l’ail et l’huile d’olive comme traitement.
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L’Afrique du Sud a l’une des plus fortes prévalences de sida sur son territoire, avec 5 millions et demi de personnes infectées, ce qui représente 19% de la population adulte. En 2000, le président Mbeki avait réuni une table-ronde d’experts, en en confiant la direction à un nommé Peter Duesberg, de Californie, le plus médiatique des promoteurs de la théorie selon laquelle le VIH ne cause pas le sida. Quelques mois plus tard, lors du Congrès annuel sur le sida qui avait justement lieu cette année-là dans son pays, il annonçait officiellement son rejet de la “théorie” du sida —et du même coup, les offres de médicaments gratuits, y compris des médicaments génériques moins coûteux.
Thabo Mbeki a quitté la présidence en septembre dernier.
Ce refus de la réalité a entraîné 330 000 morts, évaluent donc aujourd’hui des chercheurs de l’Université Harvard, à Boston, sous la direction de Pride Chigwedere, de l’École de santé publique. Ils arrivent à ce chiffre en comparant avec les statistiques des États voisins du Botswana et de la Namibie, où des programmes de traitement ont été mis en place entre 2000 et 2005.
Et ils s’attendent à être critiqués. “Nous avons volontairement choisi des hypothèses très conservatrices”, explique le chercheur principal au quotidien The Guardian.
Pascal Lapointe





