CHICAGO - Qui a d’abord été affecté par les inondations de la Nouvelle-Orléans? Les pauvres. Qui meurt en premier de la canicule, qui souffre le plus du passage des ouragans, qui sera le plus affecté par les changements climatiques? L'expression « justice environnementale » prend soudain un nouveau sens...

Si vous n’avez jamais entendu cette expression, ça ne saurait tarder. Parce qu’à mesure que les changements climatiques provoqueront des dégâts, les communautés les plus touchées demanderont réparation —sans garantie de résultat. En décembre 2005, la Conférence inuit circumpolaire a déposé une plainte à l’Organisation inter-américaine sur les droits humains (dont les États-Unis sont membres), accusant Washington d’avoir violé leurs droits humains en refusant de s’attaquer à la crise climatique.

Mais le fait d’être une communauté pauvre, marginale ou oubliée des grands médias a toujours constitué un grave handicap, et les choses ne changeront pas de sitôt. C’est ce qu’est venu rappeler cruellement un atelier sur la « justice environnementale » réuni en fin de semaine par l’Association américaine pour l’avancement des sciences.

À titre d’exemple, en Alaska, il y a maintenant 20 ans que la communauté Yupik de l’île Saint-Laurent, demande réparation au gouvernement américain pour les déchets toxiques laissés sur place après la fermeture des deux bases militaires. À travers l’Alaska, ont été recensés 700 sites contaminés, héritages de la guerre froide avec l’Union soviétique voisine.

Une recherche dirigée par Viola Waghiyi, coordonnatrice là-bas de la Communauté d’action contre les produits toxiques, a conclu que les habitants de cette île montraient un niveau de BPC dans le sang de six à neuf fois supérieur à la moyenne américaine. « L’une de nos préoccupations, c’est que le Nord est devenu un déversoir des pesticides et autres produits chimiques industriels. Une bioaccumulation des produits toxiques se produit dans la chaîne alimentaire nordique. Les contaminants menacent la santé des gens qui s’appuient sur un régime alimentaire traditionnel de poissons et de mammifères marins. Le réchauffement planétaire accroît la concentration et le transport de contaminants. »

Mme Waghiyi n’est pas sûre qu’on soit plus près d’une solution aujourd’hui qu’hier, en fait, lors de cet atelier, elle a terminé son intervention en appelant à l’aide la communauté scientifique pour que son expertise aide les Yupik à faire valoir leur cause.

Bien sûr, le coupable, dans le cas de cette histoire, n’est pas uniquement le changement climatique, mais le problème affronté par les Yupik pourrait être annonciateur de ce qui attend les autres groupes « oubliés ».

Nicky Sheats devrait-il s’en sentir concerné? Ce résident du New Jersey —et étudiant-chercheur au Collège Thomas Edison— était invité dans le même atelier à titre de représentant de trois organismes locaux qui s’inquiètent du « fardeau disproportionné de pollution infligé aux communautés pauvres et de couleur ». Plus de smog veut dire plus de problèmes de santé, plus de canicules veut dire davantage de gens suffoquant dans des édifices de quartiers pauvres déficients en climatisation que dans les quartiers chics de Manhattan...

La liste des morts appréhendés croît chaque année. « Nous avons maintenant une opportunité de sauver ces vies, déclare Nicky Sheats, grâce à la prise de conscience du problème climatique, si nous avons la volonté nécessaire. » L’aurons-nous ?

Peut-être pas avant qu’il ne soit trop tard pour certaines personnes. Résumé en forme de boutade par Stephen Schneider, de l’Université Stanford : « Ne soyez pas une personne pauvre vivant dans un pays touché par le réchauffement, les ouragans ou la fonte de la calotte glaciaire, ça pourrait affecter votre qualité de vie ».

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