L’année même —1859— où Darwin s’apprêtait à publier De l’origine des espèces, un physicien irlandais appelé John Tyndall démontrait que certains gaz ont cette remarquable capacité d’emprisonner la chaleur. Il venait de démontrer que ce qu’on appelait déjà l’effet de serre s’appliquait aussi à notre atmosphère. Et la suite, on la connaît...

Comparativement à Darwin, il n’y avait absolument rien de controversé dans ce qu’écrivait John Tyndall —et il serait sans doute bien surpris d’apprendre que, 150 ans plus tard, sa « découverte » est devenue une des patates chaudes de notre époque.

Darwin avait dû faire le tour du monde et réfléchir pendant 20 ans avant d’accoucher de son livre. Tyndall n’avait passé que quelques semaines dans un laboratoire sans fenêtres de Londres. Mais il avait consacré la décennie précédente à consolider sa place de jeune chercheur, d’abord à l’Institut royal de Londres, où il s'était passionné, entre autres, pour les glaciers.

Il voulait comprendre comment de telles masses de glace, comme celles des Alpes où il allait régulièrement en expédition, pouvaient se déplacer le long des flancs montagneux. Et comment les glaciers s’étaient formés. Ce sont ces questions qui le conduisirent, en mai 1859, à s’enfermer dans ce laboratoire sans fenêtres de Londres.

La notion d’effet de serre était alors connue. Elle avait été esquissée dans les années 1770 et développée dans les années 1820 par le physicien français Joseph Fourier. Se demandant pourquoi la Terre était plus chaude que ce que la physique disait qu’elle devrait être, Joseph Fourier avait élaboré le modèle qui, depuis, a été vérifié par les observations : la lumière et la chaleur du Soleil pénètrent facilement l’atmosphère, mais n’en ressortent pas aussi facilement. Une partie « rebondit » et ainsi, réchauffe la planète.

Quelques années plus tard, un autre Français, Claude Pouillet, émettait l’hypothèse que certains gaz seraient meilleurs que d’autres pour « emprisonner » la chaleur. Et c’est là que John Tyndall intervint. Dans son laboratoire sans fenêtres, il s’appliqua à vérifier ces hypothèses par l’expérience. Le 18 mai, il démontra que l’air emprisonnait effectivement une partie de la chaleur. Le 10 juin, devant une salle de l’Institut royal pleine à craquer, il démontra que certains gaz étaient plus efficaces que d’autres pour emprisonner la chaleur —et parmi eux, le dioxyde de carbone.

« Et c’était tout », raconte 150 ans plus tard le directeur-fondateur du Centre Tyndall de recherche sur les changements climatiques, en Angleterre. John Tyndall testa quelques gaz de plus l’année suivante, mais en gros, il avait d'ores et déjà démontré tout ce qu’il y avait à démontrer. « Il en avait fait assez pour être capable d’envisager l’idée que c’était un mécanisme qui pourrait réguler le climat planétaire. »