La Terre n’est plus la planète que nous avons connue. Et les environnementalistes sont devenus trop gentils. Deux constats d’échec, une même solution : mobiliser davantage de citoyens. Mais comment?

« Sauver la planète » n’est pas le mantra de l’auteur et environnementaliste Bill McKibben. S’il a baptisé son dernier livre Eaarth, avec deux A, c’est parce que la planète telle que nos ancêtres l’ont habitée, ne peut plus être sauvée.

Elle ne cessera pas de tourner et la vie n’y disparaîtra pas, pas plus que les humains. Mais elle ne sera plus la même planète. Même si nous devions réussir une réduction radicale des gaz à effet de serre, certaines transformations sont déjà irrémédiables : disparition d’un nombre incalculable d’espèces, assèchement de nappes d’eau souterraines, tempêtes catastrophiques... La première moitié de son livre est une énumération déprimante des impacts causés par la main de l’homme.

Toutefois, plutôt que de voir cette énumération déprimante comme une raison pour baisser les bras, il y voit au contraire la justification d'en appeler à une « implication accrue » des gens concernés. Et c’est là qu’émerge ce qui est devenu, en 2009, en même temps qu’il écrivait son livre, l’initiative 350.org : une mobilisation internationale, à partir d’initiatives purement locales. L’an dernier, 5200 événements se sont réclamés de l’étiquette « 350 » dans 180 pays.

Pourtant, protesteront certains lecteurs, mobiliser, c’est ce que font les écologistes. Et en un sens, ils y sont parvenus, quand on se rappelle que l’écologie n’existait même pas, il y a 50 ans. Mais ils ont aussi frappé un mur, comme en témoignent les échecs successifs des conférences des Nations Unies sur les changements climatiques. Les écologistes, juge Bill McKibben, ont cru qu’à force de compromis, ils réussiraient à s’entendre avec les gouvernements. Mais ils se sont heurtés à des forces plus puissantes qu’eux.

Ceci dit, reconnaît McKibben dans la deuxième moitié de son livre, demander aux gouvernements d’intervenir ne veut rien dire si on n’est pas prêt soi-même à changer nos modes de vie : moins d'autos, moins de gaspillage, moins de consommation.

Si les taux actuels de croissance de la population mondiale, de l’industrialisation, de la pollution, de la production alimentaire et de l’épuisement des ressources restent inchangés, on atteindra les limites de la croissance sur cette planète avant cent ans.

Ces mots ne sont pas de McKibben : ils sont ceux de l’appel Halte à la croissance (The Limits of Growth), en 1972. La croyance populaire veut que cet appel ait été exagérément catastrophiste. Pourtant, sur bien des points, il fut clairvoyant : le pic pétrolier, la disparition de la morue, les pénuries d’eau, tout était là.

« Ce qui est incroyable »—et cette fois, c’est McKibben qui parle— c’est que...

... rétrospectivement, combien nous sommes passés près d’écouter leur message. À travers le monde, des gens ont réfléchi à des solutions pour ralentir la croissance démographique. L’éducation des femmes s’est révélé la meilleure stratégie. (...) Ce furent les années des premières crises pétrolières, des premières marées noires, des premières normes d’économie de carburant pour les voitures. (...) E. F. Schumacher publia son Small is Beautiful et ce fut un best-seller. Le président Jimmy Carter organisa une réception pour Schumacher à la Maison-Blanche : pour l’homme qui défendait une « économie bouddhiste »! (...) Ce président installa aussi des panneaux solaires sur le toit de la Maison-Blanche.

Et puis, dans les années 1980, confiants dans la croissance économique retrouvée, les gouvernements ont balayé toutes ces préoccupations sous le tapis. Aujourd’hui, elles nous éclatent en plein visage. Notre société a-t-elle cette fois atteint la maturité nécessaire pour les confronter?