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Deux, 450, 500. Avec ces trois chiffres, on peut (un peu) mieux comprendre les enjeux qui sont sur la table cette semaine à la Conférence de Durban sur les changements climatiques.

Deux degrés

On entend souvent les scientifiques dire qu’il ne faut pas dépasser les deux degrés Celsius d’augmentation par rapport aux températures du XIXe siècle, sans quoi on ne pourra plus jurer de rien quant aux perturbations du climat.

Deux degrés, c’est un chiffre bien rond qui contient en réalité une incertitude: les plus inquiets disent que c’est plutôt à un degré et demi qu’on devrait s’arrêter (notre planète a déjà enregistré la moitié de cette augmentation depuis le XIXe siècle).

Ce qui est certain, c’est que passé un certain palier, les effets du réchauffement s’accélèrent: accélération de la fonte des calottes glaciaires, précipitations abondantes entraînant des inondations catastrophiques —pensez à celles du Pakistan l’an dernier— canicules et sécheresses...

Il n’y a probablement pas un palier unique pour l’ensemble des conséquences climatiques: autrement dit, le seuil de non-retour se situe peut-être à un degré et demi pour un des impacts et à deux et quart pour un autre. Et ce sera progressif: l’Amérique du Nord ne passera d’un ouragan dévastateur par année à cinq par année en sautant de 1,99 degré à 2,01 degrés.

D’où l’hypothèse, qui commence à circuler, que d’ores et déjà, la fréquence d’événements extrêmes de ces dernières années puisse être un signe avant-coureur que les changements sont en marche.

450 PPM

Pendant des centaines de milliers d’années, la quantité de CO2 dans l’atmosphère était de 280 parties par million (PPM). Elle a commencé à augmenter avec l’ère industrielle, au XIXe siècle. Aujourd’hui, elle est de 390 PPM et croît désormais de 2 PPM par an. Si la tendance se maintient, nous atteindrons les 450 PPM dans une trentaine d’années. Selon une étude parue en 2009, nous battons un record de 20 millions d’années. Pareille augmentation, en moins de deux petits siècles, ne peut manquer d’avoir des conséquences sur le climat.

Bien que le CO2 ne soit pas l’explication complète, nous ne pouvons pas expliquer la hausse future (et actuelle) des températures sans le CO2. Par conséquent, nous pouvons extrapoler, avec une marge d’erreur, ce que seront les conséquences lorsque la planète atteindra les 450 PPM. Et la réponse, elle a été dite plus haut: deux degrés.

Autrement dit, lorsque les scientifiques recommandent de ne pas dépasser le seuil critique des deux degrés, ils recommandent de ne pas dépasser le seuil critique des 450 PPM de CO2. Il se trouve que «deux degrés» est plus facile à visualiser que «450 PPM».

Mais comment savoir si nous atteindrons 450 PPM en 2030 ou beaucoup plus tard? C’est relativement facile pour les amateurs de maths. Il suffit de savoir combien de CO2 est rejeté dans l’atmosphère —48 milliards de tonnes ou gigatonnes l’an dernier— et il faut ensuite additionner ce qui sera rejeté l’an prochain et les années suivantes... et c’est là que ça se complique.

Les pays riches se conformeront-ils tous à leurs promesses inscrites dans le Protocole de Kyoto? Ceux qui ont pris des engagements en 2009 à Copenhague les auront-ils respectés en 2020? Impossible de savoir, et c’est la raison pour laquelle tous les rapports scientifiques du genre contiennent plusieurs scénarios, dont un optimiste et un pessimiste.

Par exemple, le dernier bilan annuel du Programme des Nations Unies pour l’environnement estime qu’en 2020, notre «surproduction» de CO2 se situera entre 6 gigatonnes (scénario optimiste) et 12 gigatonnes (scénario pessimiste). On appelle ça le «déficit des gigatonnes»: cela désigne le surplus qu’il faudra combler sans quoi l’augmentation de la température dépassera bel et bien les deux degrés.

Et les derniers indicateurs sont tout sauf encourageants: cette semaine, une nouvelle étude parue dans Nature Climate Change fait de l’année 2010 celle où les émissions de CO2 ont connu la plus forte augmentation de l’histoire (5,9%).

C’est la raison pour laquelle l’objectif de limiter la hausse à 2 degrés ou à 450 PPM semble irréaliste: en réalité, si rien ne change, nous sommes actuellement en route vers 560 PPM, ou 3 degrés, ou même plus.

500 ans

Pourtant, même les scénarios les plus pessimistes prévoient que nous allons tôt ou tard réduire notre production de CO2, ne serait-ce que parce que nous serons obligés de sortir du pétrole. Donc, au pire, le dépassement des 450 PPM vers 2030 ne devrait durer que quelques années? Après quoi la courbe va s’infléchir vers le bas?

La réponse est non, parce que le CO2 que nous rejetons dans l’air ne s’évapore pas comme par magie. La durée de son cycle de vie est indéterminée, mais différents calculs convergent vers 500 ans.

Dans le meilleur des cas, le CO2 ne reste que cinq ans dans l’atmosphère, après quoi il s’accumule dans les végétaux et les océans. Le problème, et c’est de là que provient souvent une confusion dans les discours sur le climat, c’est que l’équilibre a été rompu: nous émettons désormais plus que ce que les végétaux et les océans combinés ne peuvent absorber. De sorte que, pour être puriste, il faudrait plutôt parler du cycle de de vie de «l’excès de CO2»: et le temps que l’équilibre se rétablisse est ainsi estimé par plusieurs chercheurs à 500 ans.

C’est une approximation, mais qui donne une idée des conséquences: les émissions de nos voitures d’aujourd’hui s’ajoutent à un surplus qui mettra des siècles à diminuer.