L’un des arguments les plus faibles des climato-sceptiques a toujours été «la Terre se refroidit depuis 1998». C’était faux mais on sait peut-être à présent pourquoi le réchauffement a bel et bien été moins rapide pendant cette décennie.

Et la cause, ce serait en partie... nous. C’est du moins ce que pointe un modèle informatique créé par Robert Kaufmann, de l’Université de Boston, et ses collègues, paru le 5 juillet dans la revue PNAS. Toute la pollution que nous avons expédiée dans l’air —en particulier, à cause d’une augmentation rapide du nombre de centrales au charbon en Asie— a contribué, en association avec des variations naturelles, à bloquer une partie des rayons du soleil. Donc, à ralentir le réchauffement.

Est-ce à dire que plus nous polluerons, plus nous limiterons les rayons du soleil et donc, plus nous contribuerons au... refroidissement? Non, parce que la nature reprend aussi le dessus: les années 2000 avaient été celles d’un creux dans le cycle de 11 ans de l’activité solaire; notre étoile, autrement dit, était moins active. Mais à présent, elle s’achemine vers le sommet de son cycle. Par ailleurs, on serait peut-être en train de passer vers une période d’événements El Niño plus fréquents —si ça s’avérait exact, une année El Niño contribue traditionnellement à faire monter la moyenne mondiale des températures.

Enfin, il y a les volcans. Une autre étude, parue le 21 juillet dans Science, pointe un grand nombre d’éruptions volcaniques mineures qui, dans les années 2000, ont envoyé elles aussi dans l'air, à l’instar des centrales au charbon, une quantité supérieure à la moyenne de dioxyde de soufre.

S’en servir pour modifier la Terre?

Les partisans de la géo-ingénierie pourraient s’en réjouir. On appelle géo-ingénierie cette stratégie hautement controversée qui consisterait, littéralement, à «refaçonner» les climats de la Terre pour limiter le réchauffement. Or, les partisans trouveront dans ces deux études un argument en leur faveur: envoyer dans l’air des millions de tonnes de dioxyde de soufre a justement été l’une des stratégies suggérées (voir ce texte et celui-ci) Et le dioxyde de soufre fait partie des émanations de ces centrales au charbon que la Chine continue de construire à un rythme accéléré: de 2003 à 2007, sa consommation de charbon a plus que doublé.

Seul petit problème, le dioxyde de soufre entraîne aussi les pluies acides, que les pays occidentaux, et en particulier les États-Unis et le Canada, s’efforcent de réglementer depuis les années 1980. Mais la Chine y met beaucoup moins d’empressement.