Presque un quart de la population mondiale vit dans des régions où on consomme plus d’eau que ce que la nature peut renouveler. Et certaines de ces régions sont plus près de vous que vous ne le soupçonnez.

Quand on aborde ce problème, on pense aux vastes régions du Moyen-Orient peu gâtées en lacs et en rivières. Or, la carte du monde publiée le 9 août par la revue Nature affiche aussi des taches de couleur inquiétantes aux États-Unis et en Europe de l’est.

Ainsi, trois endroits d’Amérique du Nord sont pointés, dont l’immense aquifère Ogallala (en jaune, ci-contre), situé sous une partie des plaines agricoles de l’ouest. Et dans une situation plus critique encore, l’aquifère situé sous le nord-ouest du Mexique.

Il faut rappeler qu’un aquifère n’est pas comme un cours d’eau qui se renouvelle constamment : sa quantité d’eau est plus ou moins stable, à l’échelle d’une vie humaine et son renouvellement, comme dans le cas de l’Ogallala, se mesure plutôt en milliers d’années.

Moins il y a de pluie dans une région, et plus l’agriculture doit « pomper » l’aquifère, en faisant du coup baisser le niveau —et c’est ce que ces chercheurs canadiens et néerlandais ont recensé. Résultat, chacune des zones en rouge sur leur carte est une crise politique en puissance.

Un quart de la population mondiale, c’est 1,7 milliard de personnes, et ils sont plus nombreux dans les pays en voie de développement (en particulier en Asie). Mais le fait que même les pays riches ne parviennent pas à réduire leur consommation à un niveau raisonnable, en dit long sur les difficultés qui attendent des régions qualifiées d’état critique comme le delta du Nil, la péninsule arabique ou la vallée supérieure du Gange, qui couvre l’Inde et le Pakistan.

Dans ce dernier cas, la consommation d’eau est 50 fois celle que devrait théoriquement représenter une utilisation « durable » de l’aquifère.

La bonne nouvelle est que sur les 800 aquifères recensés, seuls 20% sont « surexploités » et une poignée se renouvellent relativement vite, comme en Floride. La mauvaise nouvelle est qu’il est impossible de mettre une date sur le moment à partir duquel une nappe souterraine deviendrait inexploitable pour les besoins actuels : comme l’explique dans un courriel Tom Gleeson, hydrogéologue à l’Université McGill et auteur principal de l’étude, « on ne connaît pas le volume d’eau potable entreposé dans plusieurs aquifères autour du globe. De sorte que même si nous savons qu’ils se vident, nous ne savons pas combien il (leur) reste de temps ».

Et bien que leur étude soit la première compilation mondiale du genre, elle demeure incomplète : dans l’ensemble du Canada, juste un aquifère est pris en compte, dans l’ouest, et aucun au Québec.