Alors qu’on commence à parler de gouvernement ouvert ou 2.0, c’est une idée qui a également commencé à faire son chemin dans les villes. Une façon d’amener le citoyen à se réapproprier sa ville?

L’idée est plus vieille qu’on ne le pense. C’est en 1966 aux Etats-Unis, avec l’adoption de la loi sur le libre accès à l’information —la Freedom of Information Act — qu’on commence à parler de données publiques ouvertes. Des lois similaires, au Canada et au Québec, s’en inspireront ensuite.

Mais pourquoi pas au niveau municipal? Il y aurait une trentaine de villes nord-américaines à avoir «ouvert» leurs données ou à revendiquer le titre de e-town. Diane Mercier, chargée de projet des données ouvertes à Montréal, vient nous dire ce qu’il en est dans la plus grande ville du Québec, en compagnie des représentants de deux organismes qui poussent cette idée —Montréal Ouvert et Nord Ouvert.

Quel est le plus gros défi lorsqu’on parle de villes 2.0 ou villes ouvertes? Est-ce la technologie ou le manque de transparence des autorités? Concrètement, comment nos trois invités travaillent-ils ensembles? Les récents scandales autour de la mairie de Montréal tendent à croire que les citoyens désirent plus que jamais que l’information circule. Mais peut-on se noyer dans trop d’information?

Nos invités:

  • Diane Mercier, chargée de projet principale des données ouvertes à la Direction des communications de la Ville de Montréal. Elle coordonne la libération des données publiques de la ville en concertation avec les détenteurs de données, les citoyens et les différents organismes. Elle a participé à la mise en place de la première version du site Internet de la Ville de Montréal en 1995 et au premier catalogue en ligne de la Bibliothèque de Montréal la même année.
  • Jonathan Brun, cofondateur de Montréal Ouvert, une initiative populaire qui a poussé la municipalité à mettre sur pied une politique de données ouvertes ainsi qu’un portail public permettant leur divulgation. Il représente Québec Ouvert sur le comité conseil «Gouvernement ouvert» du gouvernement du Québec. Il est aussi l’un des cofondateurs de Nimonik.ca, un site web consacré au suivi de la législation en matière environnementale et de santé et sécurité.
  • Stéphane Guidoin, directeur de Nord Ouvert, organisme sans but lucratif qui crée des outils en ligne de participation pour les gouvernements et pour les citoyens pour améliorer la vie démocratique. L’un d’entre eux est Ma Mairie.ca.

Écoutez l’émission en cliquant sur le lien audio ci-contre.

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Je vote pour la science est diffusée le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal) et disponible sur iTunes. Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter.

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Transcription de la première partie

Pascal : Nous allons parler de villes ouvertes. Des initiatives démarrent au Québec, mais c’est un mouvement international bien plus large que la province...

Isabelle: Et c’est plus vieux qu’on le pense. En 1966, aux Etats-Unis, avec l’adoption de la loi sur le libre accès à l’information —la Freedom of Information Act— on commence à parler de données publiques ouvertes. Avec les événements du 11 septembre 2001 —et le projet Data.gov, en 2009— cela a pris un grand essor…

On a des projets similaires en Angleterre, en France, etc., en fait tout autour de la planète.

Il y aurait environ 30 villes nord-américaines à s’être ouvertes, dont une quinzaine de Canadiennes comme Vancouver ou encore Nanaïmo, la première ville du Canada à revendiquer le titre de ville internet ou «e-town».

On peut aussi citer Accès Civique, le premier mouvement canadien qui a fait la promotion des données ouvertes. Ce groupe de citoyens et citoyennes partagent la conviction qu'un accès libre et gratuit à l'information et aux données civiques dans des formats ouverts —on va voir ce que c’est— est une nécessité pour les Canadiens.

Ils pensent que cela permettra à chacun de participer pleinement au processus démocratique… il faut encore que les citoyens se l’approprient, évidemment.

Pascal: Et ça commence à bouger au Québec…

Isabelle: Montréal, Québec et maintenant Gatineau… trois villes du Québec deviennent ouvertes et offrent —par le biais d’un portail internet— toutes sortes d’informations.

Ce qu’on trouve sur le portail de données ouvertes de Montréal se divise en 16 thématiques.

Ce qui est intéressant, c’est que ce n’est pas un mouvement spontané. C’est le fruit d’une démarche de concertation entre différents acteurs publics, des OSBL, des citoyens…

Cela s’inscrit dans un plus large mouvement international mais cela provient aussi d’une pression citoyenne de personnes averties ou allumées au web et aux enjeux démocratiques —on peut citer Montréal Ouvert dans la lignée de Québec ouvert au niveau provincial, ou encore Nord Ouvert.

Il s’agit là d’initiatives citoyennes qui encouragent la libération des données publiques pour que les citoyens puissent mieux connaitre les dessous de leur ville (budget, décisions des conseils municipaux…) mais aussi que tout un chacun puisse utiliser ces informations pour s’approprier la ville: mieux la vivre!

Pascal: Parler des villes ouvertes, est-ce que c'est parler des villes de demain?

Isabelle: J’ai lu dernièrement quelque chose sur Internet qui allait dans ce sens: redonnons la ville aux architectes plutôt qu’aux agents immobiliers. Il y a tout un mouvement —certains diraient des lobbys— en faveur des pistes cyclables, de l’agriculture urbaine, des toits verts et des murs végétalisés…

Cela pose la question de la ville de demain: à quoi ressemblera la ville en 2050? à quelle ville voulons-nous que Montréal ressemble? alors que l’on valorise encore peu notre patrimoine, des outils comme les données ouvertes pourraient aussi aider les citoyens à anticiper les projets immobiliers et à essayer de prôner la rénovation du bâti historique plutôt que d’encourager les démolitions pour construire du neuf…

La Commission des Institutions de l’Assemblée nationale tiendra bientôt une consultation sur la Loi de l’accès à l'information – on peux soumettre des mémoires avant la fin du mois de mars —ce sera l’occasion de parler de données ouvertes, de démocratie et de participation citoyenne… Mais aussi du futur des villes.

Même si lors des élections municipales, les citoyens se manifestent pas beaucoup –40% des citoyens se sont rendus aux urnes dans les 10 plus grandes villes de la province, en 2009 selon le directeur général des élections du Québec— ils sont déjà un millier de Montréalais à s’intéresser à la libération de données mise en place par la ville de Montréal et à suivre ce qui s’y passe…

La ville ouverte, pour qui et pourquoi, nous en parlons dans un petit moment…

(écoutez l'entretien avec nos invités à 4:00)