Un même sujet, le climat, mais deux dictionnaires différents. Dans les pages d’opinions d’un journal, on parle de «combat» et de «lutte» à finir. Dans celles d’un second journal, on emploie plutôt des mots comme «religion» et «ayatollah».

Le journal qui utilise les métaphores guerrières est le Guardian, l’un des organes journalistiques les plus respectés du monde. Celui qui utilise les métaphores religieuses est le Daily Mail, l’un des moins crédibles du monde. Pourtant, concluent deux chercheurs, autant dans un cas que dans l’autre, le vocabulaire utilisé contribue à la polarisation des idées.

Les métaphores peuvent guider la perception qu’a le public des changements climatiques et fournir aux politiciens des arguments pour agir, ou ne pas agir. Les métaphores guerrières sont utilisées pour faire avancer des arguments pro-climat et les métaphores religieuses pour souligner les arguments des sceptiques; dans les deux cas, cela fait craindre le risque d’une impasse politique, les deux types de métaphores renforçant les positions.

Dimitrinka Atanasova, professeure en médias et communications à l’Université britannique de Leicester et Nelya Koteyko, linguiste au Collège universitaire de Londres, ont analysé 287 éditoriaux et lettres d’opinions publiés dans ces deux journaux britanniques depuis 2006. Leur analyse est parue le 7 avril dans la revue Environmental Communication.

Dans le Daily Mail, des termes tels que «ayatollah», «secte» ou «croisade» sont révélateurs des efforts d’un grand nombre d’auteurs climatosceptiques pour attaquer les climatologues et les environnementalistes, plutôt que les données solides ou la science. Mais ceux qui sont réceptifs à ce type d’argument ne seront guère convaincus par les métaphores guerrières de ce qu’ils perçoivent comme étant «l’autre camp».

Ces métaphores, soulignent les deux chercheurs dans le New Scientist, peuvent même avoir l’effet inverse de celui espéré: «les recherches sur la communication des messages en santé ont montré que de tenter de pousser les gens à l’action en leur faisant peur peut au contraire conduire à de l’apathie». Sans compter, ajoutent-elles, que de présenter une abstraction telle que «le climat» comme un ennemi rend plus difficile de percevoir ensuite nos propres comportements comme étant l’ennemi...