Des scientifiques ont annoncé jeudi avoir découvert le fossile d’une mâchoire prouvant que des « humains modernes » ont quitté l’Afrique au moins 50 000 ans plus tôt que ce qu’on avait prouvé jusqu’ici. Mais cela ne veut pas dire que nos ancêtres ont quitté l’Afrique 50 000 ans plus tôt.

Explication. Le problème de la migration hors d’Afrique s’est considérablement complexifié ces dernières années. Pendant très longtemps, la vision dominante était demeurée binaire: dans un premier temps, les Néandertaliens avaient quitté l’Afrique et peuplé l’Europe; dans un deuxième temps, les Homo sapiens avaient quitté l’Afrique et supplanté les Néandertaliens.

Les plus anciens ossements de ces Homo sapiens hors d’Afrique, trouvés dans la péninsule arabique et en Israël, étaient vieux de 80 à 120 000 ans. En annonçant le 25 janvier dans la revue Science avoir découvert un maxillaire humain avec ses huit dents, d'un âge estimé entre 177 000 et 194 000 ans, les chercheurs de l’Université de Haïfa et leurs collègues de huit pays font donc reculer considérablement le compteur.

Mais en réalité, les chasseurs de fossiles avaient été supplantés ces dernières années par les généticiens, et ce sont ces derniers qui ont considérablement complexifié le portrait. C’est grâce au décodage de fossiles de plus en plus anciens que nous savons aujourd’hui qu’il subsiste des gènes de Néandertaliens et de Dénisoviens en nous, ce qui suppose des échanges sexuels entre ces espèces et la nôtre à une époque encore plus reculée que ces 194 000 ans. Et ce qui suppose du coup que l’humain « moderne » qui a laissé sa mâchoire dans cette caverne n’est pas nécessairement notre ancêtre: il appartenait à une parmi plusieurs migrations, dont certaines n’ont peut-être laissé aucun descendant.

En d’autres termes, les chercheurs ont qualifié cet humain de « moderne » en raison de la morphologie de son maxillaire, qui le place plus près de nous que des Néandertaliens. Mais ça ne veut pas dire qu’il soit notre ancêtre: il manque encore beaucoup de pièces au casse-tête des « sorties d’Afrique » et de ce que ces migrants ont laissé comme descendance.