Le sort de l’Arctique est encore plus troublant qu’on ne l’imagine. Le problème n’est pas ce qui est visible : soit le fait, tel qu’annoncé cette semaine, que l’Arctique s’est encore réchauffé lors du dernier hiver, ou que les caribous disparaissent. Le vrai problème est qu’au cours des 30 dernières années, cet océan a perdu 95 % de sa vieille glace.

Cela signifie que la glace la plus solide, celle qui n’a pas le temps de fondre en été et qui, en temps normal, se renforce donc d’un hiver à l’autre. Et c’est la fonte de cette vieille glace qui a des conséquences à long terme et à de grandes distances.

Selon le rapport annuel Arctic Report Card, de l’agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA), publié mardi, ces cinq dernières années, il a fait plus chaud dans l’océan Arctique qu’à n’importe quelle autre période depuis le début de la prise des mesure, en 1900. Et 2018 aura été la deuxième année la plus chaude dans l’Arctique depuis 1900 — battant le record de 2016. Toute la région se réchauffe à un rythme au moins deux fois plus élevé que le reste de la planète.

Mais perdre 95 % de sa vieille glace signifie que d’ores et déjà, l’environnement a commencé à se métamorphoser : les créatures marines — et terrestres — ne cohabitent pas de la même façon avec une couche de glace dure et inamovible, ou avec de l’eau qui gèle et dégèle en alternance. Qui plus est, une couche de glace inamovible maintient une température moyenne plus froide qu’un océan ouvert quelques mois par année — ce qui, par effet domino, a des impacts sur l’air environnant et sur les courants atmosphériques jusqu’à des milliers de kilomètres vers le sud.

Ce rapport rappelle un phénomène bien connu des glaciologues, mais généralement oublié quand on discute de la fonte des glaces de l’Arctique : ce qui compte, pour comprendre ce que signifie cette fonte, ce n’est pas seulement l’étendue de glace — autrement dit, combien de millions de kilomètres carrés de l’océan sont recouverts de glace —, mais son épaisseur. L’étendue est facile à visualiser, par des cartes géographiques et des photos. L’épaisseur nécessite des chiffres et des explications et fait plus rarement les manchettes.

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Ci-dessous : animation de la NASA sur les mouvements de la vieille glace