La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24) se sera encore achevée sur un paradoxe : bien que les organisateurs proclament victoire pour être arrivés à un accord dans la lutte aux gaz à effet de serre, c’est le point de vue des opposants à une telle lutte qui continue de dominer dans le vocabulaire.

Le « cahier de règlements », appelé aussi « règles d’application » (rulebook) adopté en fin de semaine, est censé renforcer l’Accord de Paris de 2015. Pour que ce « cahier » de 150 pages soit adopté, il fallait que chaque mot fasse l’objet d’un consensus des 196 pays. Autrement dit, pour chaque mot, il suffisait qu’un seul pays émette une objection pour qu’il soit placé entre parenthèses. Si aucun compromis n’était trouvé, qui fasse à nouveau consensus, toute la phrase disparaissait.

Le résultat final est donc un document extrêmement prudent, qui n’impose que très peu de contraintes aux États, aucune obligation financière et aucune garantie de succès à l’atteinte des objectifs de réduction des gaz à effet de serre.

En vertu de l’Accord de Paris, les pays signataires avaient soumis leurs objectifs de réduction. Comme il s’agissait, et qu’il s’agit toujours, d’un accord non contraignant, cela signifiait que même si un pays n’atteignait pas ses cibles, il n’y aurait ni pénalité ni sanction. C’est dans le but d’ajouter un peu de pression que les négociateurs se sont depuis engagés sur la voie de ce « rulebook » : contraindre les pays à davantage de transparence dans le suivi de leurs efforts.

En fin de semaine, certains se réjouissaient qu’on soit au moins parvenu à imposer ce minimum de transparence à tout le monde : « parce que cela érige une confiance entre les pays, et parce que nous pouvons mesurer ce qui est fait », déclarait à la BBC une des architectes de l’Accord de Paris, Laurence Tubiana. D’autres se désolaient qu’en 2018, on ne soit pas rendu plus loin. « Dans l’urgence climatique où nous nous trouvons, un succès lent n’est pas un succès » résumait dans The Guardian Durwood Zaelke, président de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable.

Et les blâmes sont faciles à faire porter : la semaine dernière, on apprenait que quatre pays, dont l’Arabie Saoudite et les États-Unis, avaient suffi à eux seuls à bloquer une résolution sans conséquence qui aurait simplement « accueilli » le rapport du GIEC paru cet automne sur les impacts d’un réchauffement à un degré et demi.

Qui plus est, le nouveau « cahier » ne s’attaque en rien au problème principal qui est que, même si les 196 pays se conformaient à leurs engagements de Paris, la planète n’échapperait pas à une hausse de 1,5 degré d’ici 2050, et probablement pas à une hausse de 2 degrés non plus. En fait, à l’heure actuelle, les estimations placent la plupart des grands pollueurs loin de leurs cibles de 2020 ou 2030.

Parmi les autres espoirs qui ne se sont pas concrétisés dans le cahier : la question de la compensation financière aux pays en voie de développement — soit certains de ceux qui seront les plus affectés par les changements climatiques tout en ayant le moins de moyens pour les affronter. Ainsi que les paragraphes sur une méthode de calcul des échanges d’émissions de carbone, qui ont été bloqués par le Brésil, lui qui en était un défenseur jusqu’à l’élection de son nouveau président d’extrême-droite. Les discussions ont été reportées à l’an prochain.