Pour ceux qui en doutaient encore: le réchauffement climatique a un impact négatif sur la santé, et de toutes les façons mesurables possibles.

Le rapport de la revue médicale The Lancet, paru le 20 octobre, était attendu depuis des mois, et si un lien entre climat et santé n’a surpris personne, c’est l’étendue des dégâts qui est passée inaperçue dans la plupart des comptes rendus: la canicule peut évidemment avoir un impact direct sur les décès, mais elle peut aussi accroître la violence, perturber le sommeil, réduire la production agricole et l’accès à la nourriture. Les incendies de brousse ou de forêt peuvent tuer des résidents, mais aussi avoir un impact sur les maladies respiratoires, jusqu’à des milliers de kilomètres. Les hivers plus chauds accroissent le nombre de moustiques qui transmettent des maladies, donc exposent davantage de gens à des épidémies. Les inondations ont un impact sur le taux de suicide. Et la liste est encore longue.

La comparaison avec la pandémie était inévitable: des sommes dérisoires sont prévues pour atténuer les impacts sanitaires des changements climatiques et pour soutenir les secteurs de l’économie qui en auront besoin, comparativement aux sommes qui ont été dépensées contre la COVID en moins de deux ans.

Et c’est sans compter le fait que la pandémie a révélé, même dans les pays riches, que les systèmes de santé pouvaient être rapidement débordés: au cours des deux dernières années, résume le document, « des échecs en cascade ont souligné la faiblesse structurelle de nos systèmes interconnectés et l’échec à gérer les défis extrêmes posés par des crises complexes. Alors que les changements climatiques continuent d’accroître la probabilité de [ces] crises, ces défis vont devenir plus fréquents, plus répandus et avoir plus de conséquences sur tous les problèmes de santé ».

Le rapport rappelle également que les impacts se feront plus sentir dans des régions déjà vulnérables, accroissant encore plus les inégalités.

Des solutions connues

En même temps, les solutions pour atténuer les impacts sur la santé sont connues. Investir davantage dans la climatisation pour atténuer les effets des chaleurs extrêmes arrive en tête de liste. Et deux des recommandations du rapport utilisent le langage de l’économie pour convaincre les décideurs: inclure les coûts de la santé dans les taxes sur la consommation de carburants fossiles ou dans les bénéfices à retirer d’une transition vers une économie zéro carbone.

« Ignorer les coûts reliés à la santé conduit à une mauvaise compréhension des bénéfices économiques d’une action climatique. » Mais pour l’instant, la majorité des pays en sont loin, déplorent les auteurs, ce qui les laisse aussi mal préparés à réagir à une future pandémie qu’aux impacts sanitaires d’un nouveau climat.

Ce pont entre économie et santé fait ainsi l’objet de cinq recommandations pour le Canada, dans une note séparée rédigée avec l’Association canadienne de la santé publique et l’Association médicale canadienne: « les subventions et mesures d’aide au secteur des combustibles fossiles doivent cesser dès maintenant », lit-on dès la première ligne. Mais pour en arriver là, il faut commencer par « reconnaître que les mesures d’adaptation et d’atténuation peuvent économiser de l’argent en sauvant des vies et en améliorant la santé ».

Et c’est loin d’être gagné, semblent reconnaître les chercheurs eux-mêmes. Publié chaque année depuis 2015, le « compte à rebours du Lancet » (Lancet Countdown) sur la santé et les changements climatiques est rédigé par 120 experts de 38 institutions. Il se veut un résumé de l’évolution de plus d’une quarantaine d’indicateurs sur les impacts des changements climatiques et sur les trajectoires possibles pour réduire ces impacts. Or, d’année en année, les recommandations se ressemblent: la transition vers des sources d’énergie moins polluantes pourrait être « une des plus grandes opportunités de santé publique », lisait-on ainsi dans l’édition de l’an dernier. Sauf que d’année en année, on sent aussi que la fenêtre se rétrécit pour éviter les impacts les plus calamiteux, sur le climat, mais surtout sur la santé des populations.