Les négociations politiques sur le climat cachent régulièrement des surprises pour les non-initiés. Ainsi, le brouillon de l’entente de Glasgow, publié mercredi, qui mentionne que les pays s’entendent pour accélérer la fin des subventions au charbon et aux carburants fossiles: si ce passage survivait à la version finale, il s’agirait apparemment de la toute première fois que les carburants fossiles sont explicitement mentionnés dans une de ces ententes.

En fait, ce n'est pas exactement une première, rappelle le sociologue Stefan Aykut: l'allusion aux carburants fossiles figurait aussi dans une version très préliminaire de l'Accord de Paris (en février 2015, soit neuf mois avant la COP de Paris) avant d'en être retirée sous la pression des pays producteurs de pétrole. L'élément nouveau cette année est de retrouver ces mots dans un brouillon plus près d'une version finale, à quelques jours de la fin de la rencontre. 

Il faut rappeler que tout texte qui met fin à une conférence des Nations unies sur le climat (COP) doit avoir fait l’unanimité des 196 pays, pour chaque mot contenu dans chaque phrase. C’est entre autres la raison pour laquelle l’Accord de Paris de 2015 est un accord « non contraignant »: un pays qui n’atteint pas ses cibles de réduction des gaz à effet de serre ne fait face à aucune pénalité. Certains pays auraient voulu qu’il soit contraignant, d’autres s’y opposaient.

Mais ça se reflète aussi dans les textes qui, à la fin de la plupart des COP, sont davantage des déclarations de principes que des traités internationaux à proprement parler. Le langage peut devenir extrêmement prudent, de manière à plaire même aux États pétroliers. Au point où, à en juger par les réactions des experts au brouillon publié mercredi, le simple fait d'avoir dans le document une référence directe aux carburants fossiles serait un grand pas en avant. Et ce, même si personne ne proposait de calendrier pour cette sortie « plus rapide ».

Ce n’est pas la seule chose qui sera discutée mot par mot dans ce document. Il est question par exemple « d’encourager » (mais pas obliger) les pays à soumettre des cibles révisées et « renforcées » de leurs réductions des gaz à effet de serre tous les ans —plutôt que tous les cinq ans, comme le stipule l’Accord de Paris. Il est également question d’augmenter la contribution à l’aide aux pays en voie de développement au-delà de la cible actuelle, à partir de 2025. La cible actuelle est de 100 milliards$ par année: proposée il y a une décennie, elle n’est toujours pas atteinte.

Officiellement, la COP26 prend fin vendredi, mais plusieurs des rencontres des années précédentes se sont prolongées pendant toute la fin de semaine pour en arriver à une version finale.

 

Ajout vendredi 12 novembre, 19h (heure de Montréal) : Comme plusieurs s'y attendaient, dans sa deuxième version, le langage du brouillon d'entente a été adouci, mais pas entièrement. L'idée de suggérer des cibles de réduction renforcées dès l'an prochain est toujours là. L'idée d'une sortie plus rapide des subventions aux carburants fossiles aussi, mais elle ne s'appliquerait plus qu'aux programmes « inefficaces ».

Ajout samedi 13 novembre, 8h : Une troisième version a été déposée ce matin (heure de Glasgow). Une plénière a lieu pour en discuter dans l'après-midi. La mention des énergies fossiles y figure toujours. À lire: cette analyse à chaud des modifications par le journaliste du Guardian

Ajout 13 novembre, 10h30 : La modification qui provoque le plus de réactions négatives à Glasgow tourne autour de l'aide aux pays en voie de développement. Tour à tour, le directeur de Power Shift Africa et celui du Centre international pour le climat et le développement, ont accusé les pays riches d'avoir négocié derrière des portes closes pour éliminer du document un mécanisme qui aurait pu amener les pays à accroître leur aide pour ce qu'on appelle les « pertes et préjudices » (loss and damages).

Ajout 13 novembre, 18h : Ce n'étaient pas que les États pétroliers qui étaient hostiles à l'ajout de la mention des carburants fossiles dans le texte. Intervenant au micro à l'ouverture de la séance plénière cet après-midi, le délégué de l'Inde a rappelé que « tous les pays ont le droit d'avoir leur part du budget carbone », pas juste les pays riches qui ont pu en profiter pendant le dernier siècle. Au même moment, on apprenait que le groupe des 77 (la plupart des pays du Sud, plus la Chine) abandonnaient leur exigence d'un paragraphe sur les pertes et préjudices.

Ajout 13 novembre, 18h30 : Au final, l'allusion aux carburants fossiles est restée. Après que plusieurs des pays aient tenu à signifier qu'il s'agissait d'un accord imparfait, mais qu'ils mettaient de l'eau dans leur vin, les délégués sont entrés en début de soirée à Glasgow dans la plénière finale pour approuver la dernière version du texte, appelé le Pacte du climat de Glasgow. Mais suscitant un large mécontentement, l'Inde a demandé encore un adoucissement au paragraphe sur la sortie des carburants fossiles en remplaçant « éliminer »  (phase out) le charbon par « réduire » (phase down) le charbon. La proposition est acceptée et le Pacte de Glasgow est adopté

Ajout 13 novembre, 20h45 : Les premières réactions vont de la déception —ne pas se désengager du charbon rend encore moins probable la cible de 1,5 degré— au soulagement —c'est une avancée dans un lent processus dont on craignait le pire. C'est faible, mais un signal a été envoyé comme quoi l'ère du charbon prend fin, juge la directrice de Greenpeace International. Il y a un engagement à doubler l'aide aux pays en voie de développement pour leur adaptation, mais après 2025. Et des règles sont établies pour un nouveau marché mondial du carbone.