Lorsqu’on fait « l’analyse du cycle de vie » d’un produit, il s’agit de l’ensemble de son empreinte sur l’environnement, depuis sa fabrication jusqu’à sa décomposition. Mais le microplastique, qu’on savait déjà tenace, vient de s’enrichir d’une nouvelle étape: ce qui se retrouve dans les océans… peut nous retomber dessus au milieu des gouttes de pluie.

Dans une étude parue en début d’année, des chercheurs de quatre pays ont élaboré un modèle pour évaluer quelle quantité de ces microplastiques pourrait se retrouver dans l’atmosphère, après leur passage dans les océans de la planète. Leur conclusion est que 11% du microplastique dit « atmosphérique » qui se retrouve dans l’environnement de l’ouest des États-Unis proviendrait des océans. La plus grosse partie (84%) provient sans surprise des routes —en particulier les pneus— mais même ce 11% signifie qu’il va falloir réévaluer « le rôle cumulatif de la pollution secondaire dans le fardeau atmosphérique du plastique », écrivent les chercheurs.

C’est que jusqu’à récemment, l’analyse du cycle de vie du plastique s’arrêtait aux océans : décomposé jusqu’à des dimensions microscopiques, le plastique finissait sa vie au fond des océans, ou au fond de l’estomac des poissons, jugeait-on. Et aussi microscopique qu’elle soit, cette pollution représentait tout de même 8 millions de tonnes métriques quittant chaque année les continents. Qu’une partie puisse se retrouver dans notre environnement immédiat remet sur le tapis notre ignorance quant à ces conséquences dans la chaîne alimentaire.

Une recherche publiée au début de 2020 estimait entre 39 000 et 52 000 le nombre de « morceaux » de microplastiques que nous mangeons ou inhalons chaque jour. Un chiffre aussi élevé peut sembler inquiétant, mais en réalité, il ne veut pas dire grand-chose, puisqu’on ignore justement si, à cette taille, ils ont un réel impact sur la santé. Mais le fait est que jusqu’à récemment, on ignorait même qu’ils puissent être omniprésents: on en a trouvé en Antarctique —arrivés là sous forme de pluie— tout comme sur les sommets des Pyrénées. D’après un texte d'opinion récent du magazine Undark, c’est une équipe franco-britannique qui aurait été la première, il y a moins de deux ans, à démontrer que ces particules peuvent bel et bien « quitter » l’océan à travers de complexes phénomènes météorologiques et retomber sur la terre ferme, à des milliers de kilomètres de là.