Pour combattre la désinformation en ligne, faudrait-il augmenter le niveau d'exposition des gens aux informations fiables? La réponse semble relever de l’évidence, mais encore faut-il pouvoir la mettre en application.

Trois chercheurs —deux Britanniques et un Français— ont publié le 12 janvier une recherche à ce sujet, où ils sont partis d’une prémisse simple: si on considère que les ressources sont limitées dans la lutte contre l’avalanche de nouvelles fausses ou trompeuses, faudrait-il davantage concentrer les efforts sur cette lutte à la désinformation, ou sur des façons de « soutenir l’acceptation d’informations fiables »? En d’autres termes, écrivent-ils, « améliorer la confiance en des sources solides, l’engagement à l’égard d’informations fiables et l’acceptation de nouvelles de qualité ».

Leur prémisse est aussi que, dans l’ensemble de ce qui se publie sur les réseaux, la proportion des nouvelles vraiment fausses serait relativement faible: 5%, estiment-ils. C’est l’influence plus grande des fausses nouvelles qui a toujours été le gros problème. Par conséquent, ont-ils tenté de déterminer, est-ce qu’une augmentation de la proportion d’informations fiables pourrait avoir un impact mesurable?

Résultat: même une petite augmentation de ces informations fiables semble avoir son effet. « Un point de pourcentage d’augmentation dans l’adhésion à de l’information fiable a plus d’effet que la disparition complète de la désinformation ».

La grosse faiblesse de leur analyse, admettent-ils, est qu’elle ne tient pas compte de « l'effet de bulle » par lequel, plus une personne clique sur un type de fausses nouvelles, plus l’algorithme lui envoie des nouvelles similaires. « Nos modèles n’intègrent pas la possibilité que certains contenus de désinformation puissent être extraordinairement dommageables, au point où même une petite portion de la population acceptant cette désinformation peut représenter un énorme problème. »

Au-delà de leur analyse, ils n'ont pas de solution pour « augmenter » la proportion d’informations fiables que tel ou tel public voudrait bien lire ou écouter. Quelques méthodes sont évoquées, sur la base d’études antérieures: par exemple, dans les médias, davantage de transparence sur la démarche suivie par le journaliste (expliquer pourquoi ce sujet a été choisi et comment il a été couvert) pourrait, selon certains chercheurs, accroître la confiance du public. Davantage d’éducation à l’information pourrait également accroître la confiance à l’égard des médias. Mais c’est un travail à plus long terme...