L’archéologie a révélé depuis longtemps que le passage à un mode de vie agricole s’est produit il y a un peu plus de 12 000 ans. Voilà que la génétique s’en mêle, et identifie le parcours des populations qui ont été déterminantes dans cette révolution.

Au moins deux études —la deuxième n’est que prépubliée— sur des génomes humains couvrant plusieurs milliers d’années, pointent vers deux populations distinctes de chasseurs-cueilleurs arrivées séparément, pendant l’ère glaciaire, dans ce qui est aujourd’hui l’ouest de la Turquie. L’une était venue du nord —l’Europe— l’autre de l’est —le Proche-Orient— pendant l’ère glaciaire. L’une des deux populations a failli disparaître avant la fin de cette ère, révèle l’ADN de l’époque.

Ces deux groupes, ou un mélange des deux, ont ensuite commencé à cultiver le sol, et certains de leurs descendants ont migré vers le nord —en suivant les rives du Danube il y a environ 8000 ans selon la première étude, ou en commençant par les Balkans il y a 8700 ans, selon la seconde étude. C’est cette population qui aurait apporté en Europe son expérience de l’agriculture.

La seconde étude est basée sur l’analyse de 317 génomes préhistoriques, ce qui en fait le plus gros échantillon du genre pour une étude sur cette période.

La raison de l’adoption de l’agriculture reste toutefois obscure, considérant que ces populations de chasseurs et de cueilleurs vivaient de la chasse et de la cueillette depuis toujours. La fin de l’ère glaciaire a pu jouer un rôle, rendant les sols plus fertiles. Mais il y a aussi pu y avoir, au fil des milliers d’années, un grand nombre de petits groupes nomades qui ont découvert cette forme de subsistance puis l’ont abandonnée ou oubliée, au gré de leurs déplacements. La raison pour laquelle cette « révolution du néolithique », comme l’ appellent les préhistoriens, a pris autant de place chez autant de groupes disparates en aussi peu de temps —conduisant à la création des premiers villages— fait partie de ces questions auxquelles la génétique ne peut pas répondre.