Les espèces invasives ne sont pas toutes visibles à l’œil nu. En plusieurs endroits de l’Amérique du nord, il y a désormais davantage d’espèces invasives que d’espèces indigènes… de vers de terre.

En un sens, ces envahisseurs ont profité de l’ère glaciaire. De vastes régions des parties nordiques du continent ont perdu le gros de leurs vers de terre lors de la dernière glaciation et ne les avaient toujours pas récupérés, il y a quelques siècles, lors de l’arrivée des humains venus d’Europe. Depuis, la situation a changé: sur les 308 espèces recensées en Amérique du Nord, le quart sont originaires d’ailleurs. Au Canada, ce sont les trois quarts.

Et considérant que les espèces de vers de terre en général, dans le monde, couvrent de grands territoires, on ne s’étonnera pas qu’une étude récente, pré-publiée le 29 juin, ait estimé que des vers « étrangers » sont présents dans 97% des régions analysées.

On pourrait croire que, parmi les espèces dites « invasives », les vers de terre ne sont qu’un désagrément mineur puisqu’une de leurs fonctions est d’enrichir les sols, ce qui peut, en retour, servir l’agriculture. Le mauvais côté des choses toutefois, révélé plus tôt cette année par une autre étude, c’est que, dans les forêts de l’Alberta, la biodiversité des insectes et des araignées diminue à mesure que les vers arrivent. D’autres études, également concentrées sur les forêts des États-Unis et surtout du Canada, ont montré ces dernières années un déclin de certains types de plantes et possiblement des érables à sucre. Et les choses ne s’amélioreront pas avec le réchauffement, qui offrira à certaines de ces espèces des territoires plus cléments encore plus au nord.

S’il est hors de question de s’en débarrasser, au moins peut-on ralentir leur progression: les auteurs de l’étude du 29 juin rappellent que ce sont les activités humaines qui facilitent les migrations des vers de terre, entre la terre emprisonnée dans nos bottes et celle transportée par nos pneus. Un peu de nettoyage limiterait beaucoup les ambitions de ces petites bêtes, dont le rythme de déplacement est estimé à 10 mètres par année.

 

Photo: The Canadian Encyclopedia