Deux mois avant le tout premier vaccin contre la COVID, en octobre 2020, les chefs de file des mouvements qui étaient d’ores et déjà opposés à la vaccination, avaient identifié une cible : les femmes enceintes. Et leur stratégie a tellement été efficace que, 22 mois plus tard, une majorité de femmes enceintes croient encore que le vaccin est dangereux pour elles.


Ce texte fait partie de notre série sur Les coulisses de la désinformation en science


La plupart de ces chefs de file étaient « économiquement motivés », résume le magazine américain ProPublica dans une enquête publiée le 4 août. En d’autres termes, « plusieurs d’entre eux vendent des suppléments, des livres ou même des cures miracles. Ils ont dit aux gens que le vaccin pouvait faire du mal à leur futur enfant, ou les priver de l’opportunité de devenir parents. Certains ont même infiltré des groupes en ligne de femmes enceintes et ont posé des questions en apparence anodines, comme de demander si des gens avaient entendu dire que le vaccin pouvait causer l’infertilité. »

La campagne de désinformation ciblait spécifiquement le sentiment de vulnérabilité qui accompagne nombre de femmes enceintes, tout en profitant de deux opportunités: d’une part, le caractère très anxiogène de la pandémie, et d’autre part, le fait qu’on n’avait pas de données sur les femmes enceintes, puisque les vaccins n’avaient pas été testés sur elles à l’automne 2020.

Ce dernier point a créé un vide dans lequel la désinformation a pu s’engouffrer. Traditionnellement, les femmes enceintes sont pourtant exclues des tests de nouveaux médicaments, un détail que les désinformateurs se sont bien gardés de préciser, que ce soit sur les fils Facebook, les messages Twitter et Instagram ou les applications liées aux grossesses.

ProPublica rapporte qu’en décembre 2021, la Fédération des commissions médicales des différents États des Etats-Unis, avait noté une augmentation de la dissémination de fausses informations ou d’informations incorrectes sur ces sujets jusque chez les travailleurs de la santé.

Le tout a eu des conséquences mesurables. Les femmes non vaccinées qui ont attrapé la COVID alors qu’elles étaient enceintes se sont avérées être plus nombreuses à subir une fausse couche.

Aujourd’hui, les autorités de la santé recommandent sans équivoque la vaccination aux femmes qui allaitent, qui sont enceintes ou qui prévoient l’être. De même que des groupes comme le Collège des obstétriciens et gynécologues des États-Unis.

Mais les désinformateurs ont atteint leurs objectifs. En mai 2022, un sondage de la Fondation familiale Kaiser concluait que 70% des femmes enceintes ou qui prévoyaient le devenir, étaient incertaines quant à savoir si les vaccins étaient sécuritaires pour elles.