Dans le lot de fausses nouvelles et affirmations douteuses qui circulent, plusieurs peuvent être déboulonnées en quelques étapes faciles. Il n’est pas toujours nécessaire de procéder à une longue vérification des faits. Le Détecteur de rumeurs répond ainsi à un lecteur intrigué par un certain « Dr Robert Young ».


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Un lecteur, Luc Rigal, nous a envoyé ce message:

Bonjour,

Je tiens à vous informer d’une nouvelle source de rumeur qui semble active sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’analyses qui auraient été faites par un certain docteur Young démontrant la présence de métaux divers, parasites, etc. dans la composition des vaccins anti-Covid. Ces informations sont répercutées actuellement sur le site Odyssée hébergeur de la mouvance Qanon.

Une des premières étapes de vérifications conseillées par le Détecteur de rumeurs est de vérifier la source. Commençons donc par ce « Dr Robert Young ». Qui est-il?

Évidemment, « Young » est un nom de famille assez commun en anglais, mais une recherche Google avec les mots « Robert Young », « COVID » et « pandémie », fait tout de suite ressortir un article de nos collègues vérificateurs de faits de France 24, datant de janvier 2021. Ils y analysaient une vidéo où Young affirmait que Bill Gates aurait déclaré, en 2019, que 3 milliards d’êtres humains devraient être éliminés (en réalité, Bill Gates ne parlait pas de diminuer la population mondiale, mais de ralentir la croissance démographique). On y apprend aussi que Robert Young se présente comme un naturopathe, ce qui n’est pas spécialement une expertise pertinente pour parler de vaccination.

En anglais, Robert Young + pandemic ou Robert Young + vaccine nous donne plus d’informations : une page Wikipédia nous apprend par exemple qu’il a été condamné en 2016, aux États-Unis, pour exercice illégal de la médecine. Il faisait la promotion d’un traitement non reconnu pour guérir le cancer, et l’une de ses « patientes » est décédée. Le procès a aussi permis d’apprendre qu’il avait acheté son doctorat d’une « école » sans accréditation de l’Alabama —qui imprimerait de faux diplômes sur demande, moyennant paiement.

Ce dernier détail étant intrigant, on peut regarder son CV sur son site personnel: il dit avoir obtenu bacc, maîtrise (en nutrition) et doctorat (en biochimie), de l’American Holistic College Birmingham, qui s’appelle depuis 1997 le Clayton College of Natural Health. L’école semble avoir donné de véritables cours, puisqu’elle a fait l’objet en 2010 d’un recours collectif d’étudiants qui s’estimaient floués. L’affaire a été réglée en 2012, le « collège » ayant été condamné à payer 2,31 millions$ en dommages aux ex-étudiants.

Quoi qu’il en soit, Young n’est donc pas « docteur », ni en médecine ni en naturopathie et même sa propre biographie, sur son site, le présente plutôt comme un spécialiste en nutrition. Avant la pandémie, son nom était avant tout associé à des livres et des articles sur des médecines alternatives, ce qui n’est pas non plus une expertise pertinente pour le sujet qui a intrigué Luc.

Young avait aussi été arrêté en 1995 et en 2001, en Utah, pour exercice illégal de la médecine. Et il a été à nouveau condamné en 2018, en Californie, à payer 105 millions$ en dommages à l’une de ses victimes.

Bref, en termes de crédibilité, c’est douteux, pour dire le moins.

Son site personnel proclame que Young a été « largement reconnu comme un des plus grands scientifiques chercheurs du monde ». Nous n’avons pas pu trouver de faits qui accréditent cette affirmation.

Le site QuackWatch, qui se consacre à débusquer les charlatans, notait entre autres dès 2017 que le « Dr. Robert Bradford », de « l’Institut de recherche Bradford », auprès duquel Young déclarait avoir étudié la « microbiologie médicale » dans les années 1980, avait lui aussi acheté ses diplômes et n’était pas non plus médecin.

On pourrait aussi analyser les vidéos que soumet Luc. Mais considérant le grand nombre de sources fiables sur la COVID et compte tenu du parcours hasardeux de ce Robert Young, il vaudrait mieux se référer aux textes de vérification des faits publiés ces derniers mois sur cette hypothèse de vaccins et de graphène (voir l’encadré ci-dessous).

Une autre recherche rapide révèle toutefois que « Odysee » est une plateforme sur laquelle, comme YouTube, n’importe qui peut se créer un compte et y télécharger ses vidéos. Tel qu’indiqué dans leurs « règles de communauté », ce sont les auteurs des publications qui sont responsables du contenu: autrement dit, il n’y a ni rédaction en chef ni vérification par un tiers sur ce site. Odysee a toutefois été qualifiée en février et en mai 2021, de plateforme de diffusion pour l’extrême-droite. Prudence, donc.