Lorsqu’on parle des impacts des changements climatiques sur la santé mentale, l’écoanxiété vient immédiatement à l’esprit. Pourtant, plusieurs autres problèmes sont sur la table, constate le Détecteur de rumeurs.


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Le diagnostic d’écoanxiété a beau être absent du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), l’ouvrage de référence en médecine psychiatrique, de très nombreuses personnes estiment avoir ce malaise.

Ce sentiment d’anxiété et de peur face aux bouleversements causés par les changements climatiques est ressenti par 73 % des Québécois âgés de 18 à 34 ans, selon un sondage de la firme Léger effectué en septembre. Cette proportion est à 58 % dans la population générale et est en augmentation ces dernières années —elle était de 48% en 2019.

Ecoanxiété - Pourcentages - Visuel

 

La situation est similaire chez nos voisins du sud. Un sondage de l’Association américaine de psychiatrie publié à l’automne 2020 rapporte que 67 % des États-Uniens sont assez ou très préoccupés par l’état de la planète.

En comparaison, un pourcentage identique de répondants affirme se sentir angoissé vis-à-vis des factures et dépenses de la vie quotidienne. Seules des peurs comme celles occasionnées par la pandémie de COVID-19 (75 %) et l’élection présidentielle américaine de 2020 (72 %) —au moment de l’enquête— étaient davantage prononcées.

Par ailleurs, un récent coup de sonde réalisé dans 10 pays par des chercheurs britanniques fait aussi état de ce désarroi. Près de 60 % des 10 000 participants âgés de 16 à 25 ans, se disent assez ou très troublés par la crise climatique et ses conséquences.

 

Au-delà de l’écoanxiété

L’écoanxiété n’est pourtant qu’une des nombreuses manifestations des changements climatiques sur la santé mentale. Une étude de 2018 établit par exemple un lien entre la montée des températures et la hausse du nombre de suicides en Amérique du Nord. Pour chaque degré au-dessus de la moyenne lors d’un mois donné, le taux de suicide augmente ainsi de 0,7 % aux États-Unis et de 2,1 % au Mexique.

Si les émissions de GES continuent d’augmenter au rythme actuel, ces chercheurs prévoient entre 9000 et 40 000 décès additionnels par suicide sur le continent nord-américain d’ici 2050. Des travaux de 2017 concluent par ailleurs que près de 60 000 suicides survenus chez des fermiers indiens dans les trois dernières décennies, seraient attribuables au réchauffement climatique.

Les bouleversements du climat occasionnent aussi une recrudescence des comportements agressifs. Dans une grande ville comme Los Angeles, on mesure une hausse moyenne de la criminalité de l’ordre de 2,2 % lorsque le thermomètre dépasse 29,4 °C. Le taux de crimes violents (homicides, fusillades, etc.) augmente quant à lui de 5,7 % ces jours-là.

Des scientifiques américains qui s’intéressent à ce sujet estiment que chaque augmentation de 1 °C de la température moyenne aux États-Unis dans les prochaines décennies va se traduire par une augmentation de 6 % des crimes violents. Concrètement, cela signifie environ 25 000 décès supplémentaires par année dans ce pays.

Les changements climatiques sont en outre associés à un bond de la prévalence de dépressions, de troubles de stress post-traumatique, de troubles du sommeil, de phobies et de troubles de l’attachement, surtout chez les jeunes. Dans les communautés inuites de Terre-Neuve-et-Labrador – le Nunatsiavut – ils se traduisent par une augmentation de la consommation de substances illicites.

Les professionnels de la santé ne sont pas nécessairement outillés pour faire face à ce qui pourrait être une crise grandissante de santé publique. L’Association américaine de psychologie propose déjà un cours à ce sujet à ses membres. Au Québec, peu de psychologues incluent l’écoanxiété dans leur offre de services pour l’instant.

 

Texte : Maxime Bilodeau

Infographies: Vincent Devillard