Plus jeunes, plus urbains, davantage de femmes? Le portrait qu’on se fait à travers le monde de ceux qui agissent —ou n’agissent pas— pour le climat repose souvent sur des croyances qui ont la vie dure. Le Détecteur de rumeurs et Unpointcinq passent en revue 5 mythes.


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D’entrée de jeu, le fait que ces idées préconçues circulent n’est pas sans lien avec le fait que la plupart des études et des portraits reposent sur des sondages : on doit donc se fier à ce que les gens disent faire, plutôt qu’à des actions précises. De plus, les questions posées varient grandement d’un sondage à l’autre : elles peuvent tourner autour des perceptions qu’ont les gens des changements climatiques et de leurs causes, ou autour des actions quotidiennes ou militantes.

Mythe no 1 : Les jeunes sont les plus sensibles aux défis climatiques.

DE PLUS EN PLUS VRAI. Marche pour le climat, écoanxiété, grève pour le climat dans les écoles, poursuites entamées contre les gouvernements… Les jeunes semblent effectivement plus sensibles à la lutte aux changements climatiques. Plusieurs études dans les pays anglophones ont identifié à cet effet les jeunes —ainsi que les femmes et les personnes moins religieuses. L’orientation politique pourrait aussi avoir une influence sur leur engagement militant et leurs opinions, de même que le niveau d’éducation.

Mythe no 2: Les jeunes sont ceux qui agissent le plus.

Unpointcinq - EncadréFAUX. Au Québec, selon le Baromètre de l’action climatique 2019, un sondage né d’une collaboration entre Unpointcinq et une équipe de recherche de l’Université Laval, ce sont les générations plus âgées qui seraient plus engagées : 74 % des 18-24 ans affirment poser des gestes quotidiens pour réduire leur empreinte carbone alors que 92 % des 60-69 ans attestent en faire autant. Selon le Baromètre 2020, de façon générale, les femmes, les personnes de 55 ans et plus et celles ayant des enfants sont significativement plus nombreuses à adopter des gestes pour réduire leur impact sur le climat.

À quels gestes pense-t-on? Le Baromètre 2020 révèle un besoin d’éducation du public, alors que la majorité des répondants dit « faire sa part », mais que moins de la moitié composte, mange moins de viande, réduit l’usage de la voiture et diminue les déplacements en avion —c’est-à-dire les gestes qui sont susceptibles d’avoir le plus grand impact.

Une étude récente menée en Nouvelle-Zélande et publiée dans Nature Communications suggère que les gens en général sont de plus en plus sensibilisés aux changements climatiques et inquiets par rapport à ceux-ci, peu importe leur génération. Une prise de conscience qui pourrait avoir son importance, sachant que les gens plus âgés ont souvent une empreinte carbone plus importante que les plus jeunes.

Mythe no 3 : Les gens en région se sentent moins concernés par les défis climatiques.

FAUX. Le Baromètre 2019 indique que près des trois quarts des gens habitant hors des grands centres que sont Montréal et Québec considèrent qu’il est urgent d’agir contre les changements climatiques et près de 90 % de ces personnes disent agir, une proportion similaire à la moyenne québécoise. C’est sans compter que les régions seront parmi les premières à subir les impacts des changements climatiques.

Le Baromètre 2020 indique également que les gens de régions sont surreprésentés dans le segment des « inquiets », ce segment de la population qui trouve qu’il y a urgence d’agir, mais qui s’engage peut-être un peu moins dans les actions que d’autres catégories de citoyens.

Par ailleurs, réfléchir aux actions posées —ou non— par les gens en région ne doit pas faire oublier l’importance des actions posées par d’autres acteurs que les individus : « quand les municipalités en région travaillent sur l’érosion côtière, ou que les communautés inuites consolident leurs infrastructures à cause du dégel du pergélisol, ce n’est pas inclus là-dedans », constate Hugues Asselin, coordonnateur au Centre de recherche en éducation et formation relative à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’UQAM. « L’adaptation fait partie de l’action climatique », explique-t-il.

Mythe no 4 : Les femmes se sentent plus concernées et s’engagent davantage

VRAI. Les femmes sont bel et bien plus impliquées sur la question climatique. Plus que les hommes, elles croient qu’il est urgent d’agir (80 % contre 68 % selon le Baromètre 2019) et elles sont plus nombreuses à agir et à vouloir en faire davantage (76 % contre 65 %). De nombreuses études ont aussi rapporté cette tendance, dont une récente étude française sur les activistes du climat, qui rapporte une majorité de femmes impliquées dans le mouvement. Il faut dire que dans le monde, et surtout dans les pays en voie de développement, les femmes sont plus vulnérables aux changements climatiques: elles y sont plus nombreuses à dépendre des ressources locales (nourriture, eau, combustible) pour assurer leur subsistance et celle de leurs enfants.  Dans les pays riches, elles sont, aujourd’hui encore, plus nombreuses à porter le poids des responsabilités familiales et peu présentes dans les sphères décisionnelles.

Mythe no 5 : Les Québécois trouvent qu’il est compliqué d’agir pour le climat.

FAUX. Une proportion de 59 % des Québécois affirme qu’agir pour le climat, ça ne prend pas la tête à Papineau. Ce ne sont cependant pas tous les gestes qui sont jugés faciles. Si recycler ou utiliser des produits réutilisables est adopté par la grande majorité, moins prendre la voiture ou réduire sa consommation de viande est considéré comme beaucoup plus difficile.

- Catherine Couturier et Aurélie Lagueux-Beloin

La première version de ce texte a été produite en 2020 par Unpointcinq, média de l’action climatique au Québec. On peut la lire ici.

Crédits photo: SmartCitiesWorld