MALMÖCinq ans après les premiers scientifiques blogueurs, deux ans et demi après l’éditorial de Nature qui invitait les scientifiques à s’approprier ce nouvel outil, les scientifiques hésitent toujours. Même un congrès consacré à la communication des sciences doit rappeler combien le blogue constitue une plate-forme attirante pour des contacts entre scientifiques et citoyens.

Les nouveaux outils d’Internet permettent un basculement des pouvoirs de « l’empire » vers « la multitude » : l’expression est du philosophe Thomas Söderqvist, de l’Université de Copenhague. « La science est financée par un réseau d’organisations nationales et transnationales, tandis que la grande majorité des laboratoires et de leur force de travail constituent un prolétariat de la connaissance », a-t-il résumé lors du congrès Public Communication of Science and Technology (PCST, voir notre second texte), dont la 10e édition avait lieu cette semaine à Malmö, en Suède.

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Ce penseur n’est évidemment pas le premier à utiliser cette notion de basculement des pouvoirs, ou de prise de contrôle de l’information par le citoyen. Des plus utopistes des internautes jusqu’aux plus conservateurs, nombreux sont ceux, y compris des scientifiques, qui ont fait de la démocratisation des outils un argument pour dire combien il était important que les scientifiques s’approprient blogues, wikis, baladodiffusion et autres nouveaux joujoux d’Internet.

Et sa jeune collègue Malin Sandström, étudiante au doctorat à l’Institut royal de technologie de Stockholm (et blogueuse, en suédois), avait des arguments plus concrets encore : le blogue permet de passer outre la « barrière » des médias, de publier ses idées plus vite, sans contraintes d’espace, et sans l’obligation d’afficher une pseudo-neutralité.

Mais ce sont, là encore, des choses que plusieurs universitaires blogueurs ont écrit, notamment dans ce texte dès 2005 , dans ces appels à davantage de prises de position en 2005 et en 2006 ou dans cette critique des journalistes en 2007. Ou dans le premier chapitre du livre Science! On blogue, publié l’automne dernier par l’Agence Science-Presse.

Or, le décollage ne s’est toujours pas produit. Ne sommes-nous pas en train de manquer le bateau, alors que le monde se transforme tout autour de nous, écrivait l’éditorialiste de Nature le 1er décembre 2005. Les panelistes de l’atelier « Public Engagement of Science and Web 2.0 », dans le cadre du congrès PCST mercredi, n’étaient pas aussi revendicatifs, mais n’avaient que des arguments positifs à apporter à une plus grande présence des scientifiques dans cet « Internet 2.0 » que l’on dit plus participatif.

À leur décharge, de nouveaux ponts entre le scientifique et le citoyen ont été jetés, via Internet, là où on ne les attendait pas : depuis le début des années 2000, des millions de gens participent à des projets scientifiques tels que le décodage des protéines (Folding@Home), la recherche de signaux extra-terrestres (SETI@Home), la lutte contre le cancer ou la modélisation climatique, grâce à des logiciels qui permettent à n’importe qui de traiter, pendant le « temps mort » de son ordinateur, une partie des montagnes de données. Pour Gustav Holmberg, de l’Université de Lund, en Suède, c’est là un exemple positif de « relation active entre scientifiques et non-scientifiques ». Depuis le lancement de Folding@Home en octobre 2000, il a recensé 54 articles scientifiques dont les résultats sont basés, en tout ou en partie, sur le « travail distribué » autour de ce logiciel.

Pascal Lapointe

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