L’an dernier aux États-Unis, des centaines de subventions de recherche pourtant déjà attribuées avaient été annulées, sur la seule base de mots-clefs allant de « diversité » à « COVID » en passant par « changements climatiques ». Or, de nouveaux documents déposés au tribunal révèlent que certaines de ces annulations avaient été décidées… par ChatGPT.
À lire également
Il s’agit d’un amendement récent à un recours collectif qui avait été déposé en mai 2025 par l’association des auteurs (Authors Guild) contre le National Endowment for the Humanities (NEH), une agence du gouvernement fédéral qui subventionne la recherche en sciences sociales, et trois employés de DOGE —cette agence créée au premier jour du gouvernement Trump pour permettre à Elon Musk de diriger des coupes dans l’administration.
On lit par exemple dans cet amendement, qui ajoute des éléments d’information à la plainte déposée initialement, que deux des employés de DOGE ont demandé à ChatGPT d’expliquer « en moins de 120 caractères » si telle ou telle subvention de recherche « était reliée au DEI » (en anglais, diversity, equity, and inclusion), c’est-à-dire les règlements visant à faciliter la diversité en emploi.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Deux de ces employés de DOGE, Nate Cavanaugh et Justin Fox, ont été souvent cités dans les premiers mois de 2025, parce qu’ils se sont promenés d’une agence gouvernementale à l’autre, prenant possession des serveurs informatiques et refusant chaque fois d’interagir avec les employés réguliers. Cavanaugh, avait découvert le magazine Pro Publica en août 2025, est un décrocheur du collège sans expérience en gestion et Fox a travaillé dans une firme de capital-investissement.
Comme le souligne ce mois-ci le blogueur Mike Masnick, « DEI » est une politique assez controversée aux États-Unis par les temps qui courent, au point où tout le monde n’en a pas la même définition. Or, non seulement ignore-t-on sur quelle définition ChatGPT s’est-il basé pour donner sa « réponse », mais surtout, les employés du National Endowment for the Humanities, incluant les experts qui avaient initialement approuvé ces subventions de recherche, n’ont pas été autorisés à réviser la liste des annulations.
Une recherche par mot-clef dans les résumés des subventions a également été faite, à partir d’une « liste de détection » créée par Justin Fox. La plainte précise que « ces mots-clefs incluaient des termes tels que LGBTQ, homosexuel, tribal, immigrants, gay, BIPOC » (Black, Indigenous, People of Color), mais pas « Blanc, Caucasien ou hétérosexuel ». Certaines des subventions ont ensuite été regroupées dans un tableau Excel sous deux catégories, « les subventions les plus folles » et « les autres mauvaises subventions ». Immédiatement après, ces deux personnes ont envoyé un même courriel à 1400 récipiendaires d’une subvention, les avisant que celle-ci avait été annulée. Le courriel était faussement signé du nom du directeur de l’agence.
En juillet 2025, le tribunal avait tranché temporairement en faveur des plaignants, concluant que les subventions avaient été bloquées sans justification et en violation du droit à la libre expression de ces chercheurs. Le juge ordonnait la restitution des subventions jusqu’à ce que le tribunal puisse se prononcer sur « les mérites » de la cause. C’est dans ce contexte que des informations supplémentaires ont été fournies, sur ChatGPT et sur les mots-clefs.




