Les coupes dans la recherche scientifique et les attaques contre l’expertise auxquelles on assiste à Washington, pourraient avoir un impact chez un public auquel on pense plus rarement : les étudiants en science. « Un sabotage », s’inquiète le rédacteur en chef de la revue Science.
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« Au cours de la dernière année, l’administration Trump a envoyé aux jeunes gens qui aspirent à une carrière scientifique aux États-Unis, un message décourageant après l’autre », écrit H. Holden Thorp dans son éditorial publié le 5 mars.
Le discours corrosif qui se moque de l’expertise scientifique et les coupes proposées —et réalisées— dans le financement, éloignent des étudiants de carrières scientifiques qui pourraient ne plus exister lorsqu’ils obtiendront leur diplôme.
Et c’est en plus des coupes aux visas accordés jusque-là à des étudiants ou à des chercheurs étrangers.
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Thorp donne l’exemple du programme Graduate Research Fellowship Program, géré par la National Science Foundation, l’un des principaux organismes subventionnaires de la recherche. Réservé aux citoyens américains, ce programme paie une partie de leurs études pendant trois ans, depuis 1952. Thorp, qui a une formation en chimie, en a lui-même été un récipiendaire, en 1987. Or, après avoir réduit de moitié le nombre de boursiers en 2025 —d’un peu plus de 2000 à un peu plus de 1000— l’administration a annoncé qu’une partie de ceux qui étaient maintenus seront réservés aux sciences informatiques et à l’informatique quantique, des domaines que Washington dit vouloir prioriser, pour leurs applications pratiques immédiates.
Il y avait eu depuis l’an dernier beaucoup d’autres signaux d’alarme, qui avaient été évoqués dans plusieurs autres publications, que ce soit à propos des jeunes chercheurs qui songent à quitter les États-Unis, ou des étudiants qui songent à terminer leurs études universitaires ailleurs, voire à carrément abandonner leurs études universitaires, devant des perspectives d’emploi qui se referment. Un petit nombre de chercheurs, jeunes et moins jeunes, ont d’ores et déjà profité de budgets spécialement débloqués à cette fin dans d’autres pays, notamment en Europe et au Canada. Mais un reportage de la revue Science évaluait en janvier dernier à plus de 10 000 le nombre d’experts post-doctoraux qui avaient perdu leur emploi au gouvernement fédéral des États-Unis depuis l’arrivée de la nouvelle administration.
Certes, des coupes qui avaient été annoncées en cours d’année ont été annulées. Et des agences dont on craignait la disparition sont toujours là. Mais les attaques contre les universités en 2025 et l’incertitude généralisée envoient des signaux contraires aux étudiants, actuels et futurs. Concrètement, dès le printemps 2025, plusieurs universités américaines avaient annoncé qu’elles réduisaient le nombre prévu d’inscriptions à la maîtrise et au doctorat pour 2026.
Dans un contexte plus large, conclut H. Holden Thorp, « ces mesures entravent les avancées scientifiques à travers le monde, tout en contribuant à la perte du pouvoir géopolitique des États-Unis, qui est paradoxalement la chose dont l’administration semble le plus se soucier ».





