Plusieurs centaines d’oiseaux de mer rejetés sur les plages de Californie en novembre 2007 pourraient avoir été les premières victimes à cette échelle de ces explosions d’algues rouges qui se multiplient à travers l’hémisphère Nord.

Ces oiseaux, certains morts d’autres très amaigris, n’avaient pas de signes apparents de blessures. On les avait ramassés sur les plages, près de Monterey, en trois occasions distinctes, porteurs d’une substance jaune-verte, semi-liquide. En séchant, celle-ci laissait une croûte jaune pâle. Les oiseaux survivants, placés dans l’eau chaude, retrouvaient la forme dans les 10 jours.

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Les biologistes avaient d’abord cherché la cause du côté d’un déversement pétrolier survenu dans la baie de San Francisco le même mois, puis du côté d’insecticides controversés.

Or, les autopsies ont plutôt révélé que ces oiseaux sont morts d’hypothermie —une cause plutôt inhabituelle, pour des oiseaux de mer. Partant de là, Raphael Kudela, de l’Université de Californie à Santa Cruz, a cherché une corrélation avec les explosions d’algues rouges signalées dans la région.

On appelle ainsi une floraison d’algues microscopiques, en suspension à la surface de l’océan. Elles ont une lointaine parenté avec les mieux connues algues bleues, à ceci près qu’elles sont réellement dommageables pour les organismes des animaux et des gens. Les causes de leurs floraisons sont encore mal connues, mais généralement associées à la pollution —les déchets que nous rejetons dans la mer— qui leur fournit un garde-manger de choix.

L’espèce en question, Akashiwo sanguinea, produit un puissant surfactant, cet agent qui permet au savon de produire de la mousse. De la mousse, rien de grave : pourquoi alors cette algue aurait-elle tué des oiseaux? Dans leur étude, parue dans l’édition du 23 février de PLOS One , Raphael Kudela et ses collègues ont découvert que la nature du surfactant a « perturbé » la structure des ailes, les rendant moins imperméables; les oiseaux sont du coup plus exposés au froid, et plusieurs en meurent.

C’était un concours de circonstances : bien que les floraisons d’algues rouges soient de plus en plus fréquentes ces dernières années le long de la Californie, celles de 2007 furent plus larges que d’habitude et durèrent plus longtemps, jusqu’au début de l’hiver. Cela mit ce surfactant en contact avec de larges populations d’oiseaux migrateurs, en route vers des contrées plus chaudes.

C’est la première fois qu’un événement de ce type est documenté. Raphael Kudela se dit convaincu qu’il pourrait s’en produire d’autres, alors qu’on parle de plus en plus d’algues rouges à travers l’hémisphère Nord.

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