Les premiers Amérindiens ont conquis l’Amérique par deux routes distinctes, suggèrent leurs gènes. Une seule porte d’entrée, le détroit de Bering, mais deux routes par la suite: une pour ceux qui préféraient suivre la rive, l’autre pour les plus intrépides.

L’équipe italo-américaine place même les premiers pas de ces ancêtres au-delà de l’Alaska —par mer et par terre— il y a 15 000 à 17 000 ans. Ce qui risque de provoquer le scepticisme chez les climatologues et autres géologues qui ont démontré depuis longtemps qu’à cette époque, le passage par voie terrestre était encore bloqué: impossible de traverser l’Alaska à pied, vers le Sud, sans devoir traverser des glaciers. Et un glacier n’est pas l’endroit rêvé pour chasser...

Mais qu’il y ait deux groupes, les généticiens dirigés par Antonio Torroni, de l’Université de Pavie, n’en démordent plus, après avoir comparé l’ADN mitochondrial de 69 Amérindiens contemporains, la plupart associés à des lignées génétiques rares (voir encadré). Ils ont comparé ces séquences avec celles déjà analysées —par exemple, l’an dernier, un groupe avait publié les analyses de l’ADN (pas l’ADN mitochondrial) de 422 Amérindiens contemporains; ce groupe en avait par contre conclu à l’existence d’une seule migration.

Comment concilier tout cela? Au départ, tout le monde s’entend pour dire que les premiers habitants des Amériques sont arrivés de Sibérie, à pied, à une époque où il n’y avait pas de détroit entre la Sibérie et l’Alaska. Que certains d’entre eux aient pu effectuer une partie du trajet en suivant le rivage, à bord de canots en peau d’animal, c’est plausible, considérant qu’ils avaient sûrement une expérience de la pêche, et que, au-delà d’un certain point en Alaska, la route était bloquée par les glaciers.

Mais c’est là que le bât blesse: les glaciers. Un passage libre de glace, permettant de descendre vers ce que sont aujourd’hui les grandes plaines de l’Ouest, n’a pas été ouvert avant voici 12 000 ans. Deux migrations distinctes, séparées par plusieurs milliers d’années (une première il y a 17 000 ans, par la rive, une deuxième, il y a moins de 12 000 ans) ne concordent pas avec les conclusions de l’équipe italienne.

L’ADN mitochondrial —des segments de code génétique indépendants, présents dans une partie de notre cellule appelée la mitochondrie— n’est transmis que de mère en fille et permet, écrit Antonio Torroni dans la revue Current Biology, une observation « à plus haute résolution » que les analyses précédentes. Cette hypothèse pourrrait aussi expliquer la diversification des familles linguistiques amérindiennes.

Ont-ils raison ou leur manque-t-il encore des pièces du puzzle?

Pascal Lapointe