La non-prolifération, c’est-à-dire cet espoir que le nombre de pays détenteurs d’armes nucléaires, n’augmente pas, est-elle morte? Chose certaine, la planète est moins sécuritaire aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 10 ans.

« L’administration Bush a tout simplement laissé tomber des ententes de contrôle des armements et de désarmement », incluant le traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Daryl Kimball, directeur d’un groupe militant basé à Washington (Arms Control Association) est l’un de ceux qui sont convaincus que la dernière décennie est une décennie « gâchée », comme l’a titré récemment Nature.

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Entre autres « gaffes », faute d’un meilleur terme : la guerre en Iraq, la reprise de l’irréaliste projet de bouclier anti-missile, l’opposition américaine à un traité d’interdiction des essais nucléaires, l’absence d’inventaire international des réserves d’uranium enrichi... et l’Inde.

Que vient faire l’Inde dans cette énumération? En mars 2006, les États-Unis ont signé avec l’Inde un « accord de coopération nucléaire ». Cela mettait fin à un embargo de trois décennies sur toute vente de technologies nucléaires à l’Inde, soit depuis que ce pays avait fait exploser sa première bombe A, en 1974.

Or, cet accord crée un dangereux précédent. Il envoie comme message aux pays qui, eux, ont volontairement abandonné leur programme nucléaire militaire : à quoi bon.

Bombe pour tous

La croyance populaire veut que la possession d’armes nucléaires par des pays qui en possèdent la technologie soit un processus inéluctable. À n’entendre parler que de la Corée du Nord, de l’Inde et du Pakistan, on pourrait le croire. Et pourtant, ces pays sont les exceptions. Depuis son entrée en vigueur en 1970, le TNP a contribué à ce que beaucoup de pays renoncent à leur programme nucléaire militaire, alors qu’ils auraient pu poursuivre sur cette voie —de l’Afrique du Sud à l’Algérie en passant par l’Argentine. Sans ce traité, disent ses défenseurs, ce sont une quarantaine de pays qui auraient aujourd’hui la bombe atomique, au lieu de 9.

Et l’Iran? Lui que l’on dit être à quelques mois d’avoir une telle bombe? Il est certain, déclare Kimball, que le refus, dans les années Bush, de tout dialogue avec cet État « rénégat », a « exacerbé la situation », comme ce fut le cas avec la Corée du Nord. C’est dans ce contexte que l’annonce du gouvernement Obama de rouvrir le dialogue avec l’Iran, ne peut qu’avoir un effet bénéfique. Sans compter que la Russie n’est pas chaude elle non plus à un Iran détenteur de l’arme atomique.

Seul point positif : aux États-Unis, un consensus se bâtit à l’effet que la possession, même par les grandes puissances, d’armes nucléaires, représente « un fardeau davantage qu’un atout, à présent que la plus grande menace est celle d’une attaque nucléaire terroriste », et non d’une attaque par un autre pays. D’où l’importance de travailler à réduire les arsenaux de partout. La campagne non-partisane Global Zero Campaign, lancée à Paris en décembre, est peut-être un peu utopique, mais elle est représentative de ce que les promoteurs du TNP auraient voulu voir depuis 10 ans.

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