C’était l’histoire de deux activistes environnementaux qui, à bord de leur petit chalutier, avaient bloqué l’entrée au port d’un navire chargé de 40 000 tonnes de charbon. Et c’est devenu l’histoire d’un procureur qui, la semaine dernière, a invoqué la crise climatique pour annoncer le retrait de la plupart des accusations.

Pour les gens venus manifester le 8 septembre devant le palais de justice de Fall River, Massachusetts, en signe d’appui aux deux hommes dont le procès devait commencer ce matin-là, ce ne fut pas l’annonce à laquelle ils s’attendaient. Le procureur du comté de Bristol, Sam Sutter, est en effet venu s’adresser aux journalistes, pour dire qu’au lieu de faire face à neuf mois de prison pour complot, navigation dangereuse et «avoir troublé la paix», Jay O’Hara et Ken Ward étaient à présent libres, avec des accusations réduites. Ils ont accepté de payer 2000$ chacun à l’État, en compensation des heures supplémentaires engagées par la police. Leur geste avait retardé la livraison du charbon d’une journée.

Mais c’est l’explication du procureur qui a pris les observateurs par surprise : « les changements climatiques constituent une des plus graves crises auxquelles notre planète ait jamais fait face » et « à mon humble avis, le leadership politique sur cette question a été grandement déficient. »

Le retrait des accusations, a-t-il répété dans les nombreuses entrevues accordées depuis, «a été décidé en prenant en considération le coût [qu’aurait eu ce procès] pour les contribuables», mais aussi en songeant aux générations futures.

Le 15 mai 2013, O’Hara et Ward avaient ancré leur petit bateau —un chalutier pour la pêche au homard— afin de bloquer la route au Energy Enterprise, venu livrer son charbon à la centrale locale. Un acte de désobéissance civile à leurs yeux obligatoire —c’était ce qu’ils comptaient invoquer dans leur défense— afin d'attirer l’attention sur la centrale au charbon de Brayton Point, la plus vieille de Nouvelle-Angleterre (51 ans), dont ils réclament la fermeture. Il semble que le procureur ait été d’accord avec eux: lorsqu’il s’est adressé aux journalistes, il avait sous le bras une copie d’un article récent de l’auteur et environnementaliste Bill McKibben, qu’il a cité comme une source d’inspiration.

Déjà, les spéculations vont bon train sur le nombre d’environnementalistes qui se risqueront à leur tour à de semblables protestations, en invoquant la nécessité d’une « désobéissance civile ». En attendant, le procureur Sam Sutter a également souligné qu’il se joindrait aux millions de gens censés participer à la marche du 21 septembre sur le climat, à New York.