A Washington, le sénateur Ted Cruz qui vient de devenir président du comité sur la science, est un climatosceptique. La routine, diraient ceux habitués à se moquer de ces étranges politiciens américains? Pas pour les observateurs de la scène pour qui, chiffres à l'appui, le nouveau Congrès serait «le plus anti-science» de l’histoire.

À titre de comparaison, déclare l’historienne des sciences Naomi Oreskes, «les défenseurs du tabac n’ont jamais contrôlé à la fois la Chambre des représentants et le Sénat. Ils n’avaient pas de chefs de file politiques qui se faisaient une fierté de rejeter la science». Aujourd’hui plus que jamais, les États-Unis ont un Congrès très polarisé, où républicains et démocrates refusent tout compromis —et avec les élections de novembre, les républicains sont majoritaires dans les deux Chambres.

C’est ainsi que depuis la rentrée à la mi-janvier, outre Ted Cruz, on retrouve parmi les chefs de file un nommé James Inhofe, sénateur de l’Oklahoma et tête de turc des caricaturistes pour sa célèbre phrase «le réchauffement climatique est le plus gros canular jamais commis sur l’espèce humaine». Il préside à présent le comité de la chambre... sur l’environnement.

Ou, du côté de la Chambre des représentants, Jim Bridenstine, qui y présidera le sous-comité sur l’environnement: il a demandé en 2013 au président Obama de s’excuser pour avoir financé des recherches sur le climat.

Ce dernier sous-comité fait lui-même partie d’un comité sur la science, dont la composition fait dresser les cheveux sur la tête aux scientifiques: au moins quatre autres climatosceptiques, dont un nommé James Sensenbrenner qui a déjà dit que «les éruptions solaires sont responsables des cycles climatiques».

Selon une compilation du Center for American Progress, 56% des républicains de ce nouveau Congrès ont publiquement nié les changements climatiques. Au Sénat seulement, les trois quarts des républicains. Plus troublant est le fait que selon ce même organisme, ces 170 élus climatosceptiques ont reçu 63 millions$ en contributions politiques de l’industrie du pétrole, du charbon et du gaz, tandis que les 364 autres élus (démocrates et républicains) n’ont reçu que 35 millions$.

Ces comités et sous-comités ont entre autres pour responsabilité d’augmenter ou de réduire les fonds aux différents programmes des organismes fédéraux tels que l’Agence de protection de l’environnement, l’agence des océans et de l’atmosphère (NOAA) ou la NASA. On s’attend donc à ce que, dans les prochains mois, soient lancées des attaques contre des règlementations sur le smog, les lois anti-pollution, de nouvelles réserves naturelles ou les recherches en sciences de la terre menées à la NASA. Le fait que l’un des premiers gestes de ce nouveau Congrès ait été d’adopter une résolution appuyant le pipeline Keystone serait la première salve.

Il n’est toutefois pas sûr que ces politiciens puissent aller trop loin: les sondages récents révèlent que non seulement les électeurs américains sont, à une très forte majorité, en faveur d’actions pour le climat, mais il en est également ainsi... de plus de la moitié des électeurs républicains. C’est dans ce contexte que le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders a déposé un amendement à la résolution sur le pipeline Keystone, amendement statuant que les activités humaines contribuent au réchauffement climatique. Une façon d’obliger ses distingués collègues à se prononcer publiquement.