Étrange question que ce titre. Qui nous aura été inspirée par le drame chez Charlie Hebdo. Le chercheur, cet être qui jouit d’une liberté de parole qui connaît peu d’équivalents dans la société, profite-t-il de ce privilège qui lui échoit?

Liberté d’expression, liberté de parole, ce n’étaient pas des sujets qu’on avait coutume d’associer jadis au chercheur scientifique, tant il semblait relever de l'évidence qu’il jouissait d’une liberté presque absolue. Certes, il n’est pas besoin d’aller loin pour savoir que ce modèle prend l’eau. Ces dernières années, il y a tout d'abord eu ces scientifiques du gouvernement canadien qui ont été plus souvent qu'autrement associés au mot «bâillonnés».

Peter Bleyer, directeur des communications et des politiques au syndicat qui représente ces scientifiques, nous rappelle la situation dans la première partie de l'émission et revient sur un sondage qui, en 2013, avait fait beaucoup jaser: un quart des 4000 scientifiques interrogés y soutenaient qu’on leur avait demandé d’omettre de l’information, ou de la modifier, pour des raisons non scientifiques. La moitié disait pouvoir donner des exemples d’ingérence politique dans leurs travaux.

Pourquoi ces chercheurs, qui jouissent tout de même d’une sécurité d’emploi, ne peuvent-ils pas parler, réagir, protester? Ceux qui quittent sont-ils soumis à des ententes de confidentialité? Comment ont-ils l'intention de parler en 2015?

Et qu’en est-il dans les universités? Dans ces lieux du haut savoir, comme on les qualifie, est-ce qu’on peut encore parler d’une liberté de parole absolue pour les chercheurs universitaires? Pour Pierre Trudel, professeur de droit à l’Université de Montréal, en deuxième partie d'émission, la réponse est clairement non. L’université est un univers où il y a aussi de la compétition, des jeux de pouvoir, et on n'a pas tort, dit-il, d'imaginer que des chercheurs s'auto-censurent davantage qu'avant, de peur que ça leur nuise, par exemple dans l’octroi des subventions de recherche.

Qu’est-ce qui a changé, il y a une vingtaine d’années? Lui qui, dans la foulée de la tragédie Charlie Hebdo, a été particulièrement virulent dans son blogue pour critiquer ceux qui veulent limiter la liberté df’expression, que pense-t-il de l’usage de cette liberté d’expression que font, ou ne font pas, les chercheurs universitaires?

Et en filigrane de cette émission: les deux animateurs glissent quelques mots sur les journalistes scientifiques. Parce que le journalisme, c’est aussi une profession qui a été malmenée ces dernières années. Et quand on observe son évolution, on ne peut s’empêcher de se demander si, en science comme en journalisme, couper des budgets n’est pas la façon la plus simple de contrôler l’information.

Nos invités:

  • Peter Bleyer, directeur des communications et des politiques à l’Institut professionnel de la fonction publique, le groupe qui rassemble les scientifiques à l’emploi du gouvernement fédéral.
  • Pierre Trudel, professeur de droit à l’Université de Montréal, professeur titulaire au Centre de recherche en droit public.

Écoutez l'émission en cliquant sur le lien audio ci-contre, à gauche.

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Je vote pour la science est diffusée le lundi à 13h30, sur les six stations régionales de Radio VM. Elle est animée par Isabelle Burgun et Pascal Lapointe. Vous pouvez également nous écouter le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal) et vous abonner sur iTunes.

Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter et sur Facebook.