On a peut-être découvert une mutation qui permettrait de faire en sorte que toute une population de moustiques ne soit plus capable de transmettre la malaria. Le problème, c’est qu’une fois que ce moustique modifié génétiquement aurait été répandu parmi ses congénères, ce seraient tous ses congénères qui finiraient peut-être par disparaître.

Un mal pour un bien, si ça permet d’éliminer la malaria ? C’est le jugement qu’évitent de porter les chercheurs qui font état de leurs résultats le 24 septembre dans la revue Nature Biotechnology. Mais d’autres portent le jugement à leur place : personne ne sait vraiment ce qui pourrait se passer si on faisait disparaître toute une population de moustiques.

La modification génétique en question, obtenue au moyen de la récente technologie CRISPR, a pour résultat que la stérilité se répand rapidement parmi ces insectes (l’expérience a été menée dans des laboratoires à haute sécurité, à Londres). En peu de temps, plus de malaria, parce qu’il n’y a plus d’insectes pour transmettre le parasite. Mais du même coup, quel serait l’impact sur les oiseaux, les plantes et les autres insectes qui cohabitaient avec ces moustiques ? 

La malaria, ou paludisme, a touché quelque 200 millions de personnes en 2016, selon l’Organisation mondiale de la santé, dont plus de 400 000 en sont mortes. Parmi elles, 90 % sont en Afrique subsaharienne. C’est une maladie qui peut être guérie, et les campagnes de prévention ont contribué ces dernières années à réduire le nombre de cas.

L’idée de relâcher dans la nature des insectes modifiés génétiquement pour éliminer ceux qui transmettent la malaria n’est pas nouvelle : elle est par exemple au coeur de l’Initiative Target Malaria, un consortium financé par la Fondation Bill Gates (et qui est derrière la recherche parue en septembre). À leur défense, les chercheurs ne prévoient pas être prêts à relâcher de tels insectes avant 2029.