On sait deux choses sur les gènes de nos cousins Néandertaliens qui ont survécu jusqu’à nous: ils sont le résultat de « couples mixtes » qui se sont rencontrés au cours des 100 000 dernières années, et ces gènes sont plus nombreux chez les peuples de Mélanésie, dans l'Ouest du Pacifique. Par conséquent pourrait-on retrouver chez ces derniers de plus longues séquences d’ADN néandertalien plutôt que des fragments isolés ?

C’est un débat très pointu chez les généticiens, mais qui intrigue une partie du public depuis aussi longtemps qu’on s’interroge sur le statut de « l’homme du Néandertal »: qu’est-ce qui le différenciait de son cousin Homo sapiens ? Pourquoi s’est-il éteint? Les ossements, la géographie, l’ère glaciaire, ont fourni peu à peu des éléments de réponse, mais la génétique ouvre des perspectives inédites depuis 10 ans. Et pour la première fois, une vingtaine de chercheurs de trois pays (États-Unis, France, Italie) annonce ce mois-ci dans la revue Science avoir identifié de plus longues séquences d’ADN néandertalien chez des populations mélanésiennes.

L’idée n’est pas de suggérer que des Néandertaliens (ou des Dénisoviens) aient voyagé jusque-là: leur conclusion est plutôt que si des séquences génétiques « archaïques » complètes (plutôt qu’une seule mutation) ont survécu, c’est parce qu’elles ont joué « un rôle important dans l’adaptation des populations locales ». Il faut se rappeler que Néandertaliens et Dénisoviens ont vécu en Europe et en Asie pendant au moins 200 000 ans avant l’arrivée des Homo sapiens: il a fallu pour cela qu’ils aient la capacité de s’adapter. Reste à savoir toutefois à quoi servaient ces séquences, une tâche qui risque d’être difficile… faute de pouvoir comparer un Homo sapiens avec un de ses cousins.