Le rapport qui, cette semaine, a confirmé que la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère continue de croître et ne montre aucun signe d’approcher un sommet, contenait une seule bonne nouvelle: le charbon est à la baisse. 

C’en est au point où la quantité mondiale d’électricité produite par du charbon devrait avoir diminué de 3% en 2019, un record. On doit cette baisse aux États-Unis et à une bonne partie de l’Union européenne, tandis que la croissance ralentit en Chine —et il serait possible qu’on enregistre pour la première fois en 30 ans une baisse en Inde.

Mais pour le reste, la 10e édition annuelle du rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement, appelée le Emissions Gap Report, parue mardi, trace un portrait sombre. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté d’environ 1,5% par année au cours de la dernière décennie. La veille, l’Organisation météorologique mondiale avait publié ses propres mesures: ces concentrations de CO2 dans l’atmosphère ont atteint jusqu’à 407,8 parties par million (PPM) en 2018, en hausse de 2 PPM par rapport à l’année précédente. À titre de comparaison, cette concentration de CO2 s’était maintenue autour de 280 PPM pendant les millénaires précédents, et avait tout doucement commencé à augmenter au 19e siècle, avec la révolution industrielle, pour s’accélérer au cours du 20e siècle.

Peu connue du grand public, cette mesure des PPM est pourtant l’un des calculs-clefs utilisés par les spécialistes de l’atmosphère pour prédire les problèmes qui nous pendent au bout du nez: plus la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère est élevée, plus la température moyenne va augmenter rapidement, la fonte des glaciers s’accélérer, le niveau des océans monter, et ainsi de suite. Et de fait, ça s’accélère: cette augmentation de la concentration de CO2 dans l’air est en moyenne de 2,4 PPM par année depuis 2010, alors qu’elle n’était « que » de 1,9 PPM dans les années 2000, et de 0,8 PPM dans les années 1960.

Jamais, depuis l’époque des australopithèques il y a 3 millions d’années, la concentration de CO2 n’avait dépassé les 300 PPM. Pour retrouver la dernière fois où on avait dépassé les 400, il faut remonter d’une vingtaine de millions d’années. Et si la tendance se maintient, les 450 devraient être atteints dans moins de 30 ans. Étant donné que le CO2 est un gaz qui reste longtemps dans l’atmosphère, même une réduction radicale de notre consommation de pétrole dans les prochaines années mettrait du temps à se faire sentir dans l’atmosphère. C’est de ce fait scientifique incontournable que proviennent les prévisions à l’effet que, si la tendance ne change pas, la hausse moyenne des températures franchira le seuil des 2 degrés d’ici le milieu du siècle, et celui des 3, voire des 4 degrés, avant la fin du siècle.