Décodage de protéines, destination Mars et dialogues pour l’égalité: l’année 2020 a été bien remplie en science, même sans tenir compte d’un certain virus.

Autant Science —une revue américaine— que Nature —une revue britannique— placent le fait d’avoir admis l’existence d’un racisme systémique dans les rangs académiques, parmi les histoires de l’année: celles qui, suivant le terme utilisé à chaque mois de décembre par Science, font partie des « percées » annuelles (Breakthrough).

Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, le milieu universitaire semble en effet avoir lui aussi fait son examen de conscience, pour admettre qu’il n’était pas exempt de préjugés et d’injustices. Des chercheurs ont partagé leurs expériences sur le racisme en science et ont appelé, dans la rue et sur les réseaux sociaux, à des actions concrètes sur les campus. « Il est trop tôt pour dire si les événements de cette année vont engendrer des changements durables », résume Science, mais « plusieurs sont confiants ».

En biologie…

Outre cela, c’est la percée, par une intelligence artificielle, du « repliement des protéines » —l’équivalent de résoudre un casse-tête de milliards de pièces— qui a retenu l’attention des deux revues. Un défi vieux de 50 ans, qui a occupé des légions de biologistes —et qui pourrait conduire plus vite vers les clefs de multiples énigmes sur les interactions entre protéines —interactions derrière lesquelles se cachent des médicaments ou des maladies héréditaires.

Et comme chaque année depuis huit ans, la biologie a été occupée par CRISPR —ce « scalpel biologique » qui peut servir à manipuler les gènes avec une grande précision, et qui va de progrès en progrès à une allure qui enthousiasme les uns et inquiète les autres. En 2020, on est passé pour la première fois à une intervention sur un humain adulte (indépendamment de la controverse jamais résolue sur l’hypothétique intervention, en Chine, sur des embryons): aux États-Unis en mars, un patient aveugle à cause d’un rare problème génétique, a subi une intervention utilisant CRISPR et destinée à lui restaurer la vue. Aucune information n’a filtré depuis mars sur le succès ou l’échec de cette intervention.

…dans l’espace…

À des millions de kilomètres de là, c’est un astéroïde qui a eu son moment de gloire : Bennu, duquel la sonde américaine OSIRIS-REx a arraché en octobre une poignée de poussières qu’elle doit ramener en 2023. Ou même deux astéroïdes, puisqu’en décembre, la sonde japonaise Hayabusa2 a ramené sa propre poignée de poussières arrachée en 2019 à un caillou cosmique nommé Ryugu.

À côté de ces modestes astéroïdes, Mars n’a pas été en reste, avec pas moins de trois missions lancées en juillet, dont Tianwen-1 qui, si elle se rend à bon port en 2021, pourrait marquer un nouveau jalon dans les percées spatiales chinoises. Ce pays a par ailleurs eu de quoi s’auto-congratuler cette année avec son premier alunissage suivi d’un redécollage de la surface de la Lune —dans le but, là encore, de ramener de la poussière sur Terre. La sonde Change’e-5 a quitté notre satellite le 3 décembre et sa cargaison a été larguée sur Terre le 16 décembre.

…et en physique

Toujours là-haut, des astrophysiciens croient avoir résolu le mystère des « sursauts radio rapides » (fast radio bursts ou FRB), ces « signaux » extrêmement puissants qui ont le défaut d’être rares et de ne pratiquement jamais se répéter. Les coupables seraient des magnétars, des étoiles à neutrons disposant d’un champ magnétique lui aussi très puissant. En avril, une équipe (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment) avait pu isoler la région du ciel d’où provenait le dernier FRB: d’autres observatoires y ont confirmé la présence d’un magnétar. Ses jets de rayons X et gamma collent avec la nature du FRB, mais sans que cela n’explique ce qui provoque l’intensité des jets en question.

La physique a aussi dans sa besace une percée plus près du plancher des vaches en 2020: un premier supraconducteur à la température de la pièce. Ce qui veut dire, en rêvant un peu, un matériau qui permettrait de transporter de l’électricité sans les pertes inhérentes aux technologies actuelles. Un tel état de la matière existe déjà: c’est ce qui s’appelle supraconducteur. Le problème, c’est que jusqu’à maintenant, la supraconductivité n’était atteinte qu’à des températures proches du zéro absolu (moins 269 Celsius). Or, dans un article paru en octobre, une équipe américaine a annoncé y être parvenue à la température ambiante de 15 degrés. Reste toutefois un léger détail à régler: la pression nécessaire est de 2,6 millions d’atmosphères —l’équivalent de ce qui règne au centre de la Terre— ce qui en fait pour l’instant une curiosité de laboratoire.