Les changements climatiques auront suscité très peu d’attention dans la campagne électorale canadienne. Alors que les raisons n’auraient pas manqué, depuis les canicules qui ont causé au moins 569 décès en Colombie-Britannique jusqu’aux incendies qui ont brûlé plus de 800 000 hectares de forêts dans l’ouest, en passant par la sécheresse au Manitoba.

Certes, tous les partis en ont parlé dans leurs programmes. D’après une analyse lexicale publiée en fin de campagne, les mots « carbone » et « émission » sont, parmi les mots-clefs relatifs à l’environnement, les plus répandus dans chacune des plateformes des cinq principaux partis, avec 173 et 150 occurrences. De même, en plus du parti vert, qui consacre à l’environnement 32% de son document électoral, le parti libéral y consacre 18% du sien, suivi du NPD avec 13% et du parti conservateur avec 10%.

Mais au final, l’environnement a été un enjeu négligé de la campagne. Sans que les analystes n’aient pu mettre le doigt sur une raison, tant les prétextes à en parler étaient nombreux: les images de la destruction du village de Lytton, en Colombie-Britannique, ont par exemple frappé l’imagination, sans parler des ciels rougis par les incendies.

Une des raisons pourrait être, paradoxalement, l’absence de divergences d’opinions entre les partis: il n’y a pas si longtemps, le parti conservateur aurait été pointé du doigt par ses adversaires pour son déni des changements climatiques. Or, son chef a tant et si bien insisté sur le fait qu’il ne s’opposerait pas à une taxe carbone ni à des politiques de réduction des gaz à effet de serre, que les différents partis ont eu du mal à se démarquer. Résultat, l’un promettait des réductions de 30% des GES d’ici 2030, l’autre de 40%, un troisième de 50%, mais sans offrir de plan détaillé ni promettre un désengagement à court terme de l’exploitation pétrolière ou des futurs pipelines —quoique le NPD ait promis de mettre fin aux subventions aux secteurs du gaz et du pétrole, mais sans offrir lui non plus de calendrier.

Des sondages avaient laissé entendre en cours de campagne que la « vigueur » des promesses en environnement pourrait faire la différence dans un certain nombre de comtés. Il est trop tôt pour dire si ce fut le cas: les analystes en auront pour des semaines à déterminer ce qui a contribué aux minces changements dans la distribution des sièges à la future Chambre des communes.

Reste que si tous les partis ont appuyé des politiques environnementales plus fortes que celles qui existent à l’heure actuelle, le futur gouvernement du parti libéral, même s'il est minoritaire, ne devrait pas avoir de mal à trouver les appuis nécessaires aux Communes pour aller de l’avant. « Le Canada est le seul pays du G7 dont les émissions ont augmenté depuis la signature de l’Accord de Paris » en 2015, a rappelé, dès le lendemain de l’élection, une coalition de groupes militants incluant le Climate Action Network et Stand.earth.

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