La semaine dernière, dans le cadre de la COP26, plus de 70 pays, dont les États-Unis et l’Union européenne, ont promis de réduire leurs émissions de méthane de 30% d’ici 2030. Est-ce suffisant?


Ce reportage est d'abord paru dans le magazine américain The Nation.  
Il est republié ici dans le cadre du partenariat entre l'Agence Science-Presse et Covering Climate Now,
une collaboration internationale de quelque 450 médias visant à renforcer la couverture journalistique du climat.


- par Amy Westervelt

Certains des plus grands émetteurs —Chine, Russie, Australie— n’ont pas signé le Global Methane Pledge (Engagement mondial sur le méthane). Mais même un grand nombre de militants d’ordinaire sceptiques de ces engagements, ont jugé que l’entente était importante.

« Pour la première fois, vous avez des chefs d’État qui se tiennent debout et déclarent ‘nous nous engageons à réduire les émissions de méthane à très court terme’ », résume Jonathan Banks, directeur international de la Clean Air Task Force. Il ajoute que l’entente va débloquer du financement des fondations à but non lucratif: en fait, déjà 200 millions$ ont été promis pour aider les pays à réduire leurs émissions.

L’avocate Sharon Wilson, de l’organisme EarthWorks, est moins optimiste, mais juge l’entente positive. « Je crois que l’engagement est significatif, parce qu’il attire l’attention de la planète sur un problème planétaire ». Mais elle s’inquiète du fait qu’un « engagement, ce sont juste des mots sur du papier ». Livrer de véritables réductions de méthane sera plus difficile.

Le méthane est un puissant gaz à effet de serre, qui possède 80 fois le pouvoir de réchauffement du CO2, ce qui veut dire que s’y attaquer vite pourrait retarder une partie du réchauffement, idéalement assez longtemps pour arriver à maîtriser les émissions de CO2. Le méthane est responsable d’environ 25% du réchauffement de la dernière décennie. Selon un rapport des Nations unies paru le 31 octobre, si les émissions de méthane causées par les humains étaient réduites de 45% d’ici 2030, cela enlèverait 0,3 degré Celsius au réchauffement prévu d’ici le milieu du siècle. Le Global Methane Assessment, publié en mai 2021, avait pour sa part conclu qu’une telle réduction de 45% dans la présente décennie pourrait permettre d’atteindre l’objectif d’un maximum de 1,5 degré d’augmentation de la température moyenne par rapport aux températures préindustrielles.

Ces calculs incluent l’élevage animal, qui compte pour 32% des émissions de méthane causées par les humains. L’Engagement global sur le méthane couvre en effet l’agriculture, bien qu’une attention plus grande ait été accordée à l’industrie des carburants fossiles, et entre autres choses, aux fuites de méthane émanant des différentes infrastructures.

Là où ce sera difficile, c’est qu’il y a un manque d’exigences spécifiques ou de politiques pour appliquer cette promesse. Et à l’image de toutes les autres promesses entourant les rencontres des Nations unies sur le climat des deux dernières décennies, il n’y a aucun mécanisme de mise en application —autrement dit, aucune obligation légale.

S’ajoute à cela le fait que le méthane est sous-estimé: une bonne partie des fuites ne sont pas rapportées, donc pas prises en compte dans les calculs. 

Comment ça marche

En gros, lorsqu’une compagnie achète de l’équipement, celui-ci vient avec un facteur d’émissions. Il s’agit d’une estimation du volume de polluants que cet équipement pourrait libérer, dans les meilleures conditions, lorsqu’il est bien entretenu. « Dans la plupart des cas, ces facteurs sont simplement des moyennes de toutes les données disponibles », résume l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA).

C’est donc imprécis, sachant que les compagnies n’observent pas leurs équipements sur le terrain en permanence. Elles prennent l’estimation du fabricant et multiplient par le nombre de machines qu’elles possèdent. La pièce pourrait être défectueuse, endommagée par la météo, ou mal entretenue, et laisser ainsi échapper du méthane dans l’air, mais le rapport continuerait de donner le chiffre donné par le fabricant.

Selon une étude récente du Fonds de défense environnemental, les émissions de méthane des États-Unis seraient de 60% plus élevées que ce que rapporte officiellement l’EPA. L’organisme Earthworks affirme que le nombre serait plus près de 100%.

Selon Jonathan Banks, les satellites pourraient aider au suivi de ces émissions de méthane manquantes. Et il existe depuis peu un Observatoire des émissions internationales de méthane (IMEO), sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement; il a été lancé officiellement à la fin-octobre, au sommet des 20 pays riches (G20), juste avant la COP26. L’existence même de l’Observatoire s’appuie toutefois sur un partenariat international, le Oil and Gas Methane Partnership 2.0, que seules deux petites compagnies pétrolières américaines ont signé. Bien que les géants que sont ExxonMobil et Chevron aient appuyé l’Engagement mondial sur le méthane, ils sont toujours en dehors de ce partenariat.

« Sans l’IMEO, l’engagement global sur le méthane risque d’être juste un engagement », a reconnu la semaine dernière au Financial Times le directeur de l’IMEO, Manfredi Caltagirone.

L’avocate Sharon Wilson est critique des compagnies. « Elles ont fait des promesses sur le méthane et les ont rompues pendant toute la décennie. » Elle croit néanmoins que l’Engagement global sur le méthane est un pas dans la bonne direction. « Je pense que [ça] pourrait être une façon d’amener le problème du méthane à l’avant-scène, pour vraiment accroître la prise de conscience à propos du méthane. »

Crédit photo: Fuite de méthane visible dans l'infrarouge. Dossier du New York Times, 2019.

 

Ce texte a été révisé le 9 novembre pour corriger une phrase prêtant à confusion sur le pouvoir de réchauffement et la durée de vie du méthane.