Bien que ça semble difficile à croire en ce moment, la science ne parlera pas juste de Covid en 2022. Cinq grands axes à surveiller.

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1. La COVID, suite (et fin?)

Mais sur le front de la COVID, il y aura effectivement une préoccupation immédiate en janvier et probablement février: comprendre Omicron, comment il se diffuse et la sévérité des symptômes qu’il provoque (ou non). Et ensuite, trois autres préoccupations pendant les mois suivants:

  • Les autres variants. À travers le monde, les généticiens —comme ceux qui ont lancé l’alerte Omicron en Afrique du Sud— continueront leurs traques des mutations du virus, en croisant les doigts pour ne pas trouver un nouveau variant « préoccupant ».
  • La longue Covid, qui continue de défier les pronostics: pourquoi certaines personnes continuent-elles de souffrir de différents symptômes, des mois après une infection?
  • Les premiers médicaments antiviraux qui semblent efficaces contre les premiers symptômes de la COVID: approuvés aux États-Unis cet automne, ils vont commencer  dans les prochains mois à révéler à quel point ils font une différence dans le taux d’hospitalisation, et chez qui.
  • Endémique? En 2022, la COVID deviendra peut-être « endémique », c’est-à-dire à un niveau où les nouvelles vagues ne sont plus inquiétantes. Un niveau où, littéralement, la population accepte de « vivre avec ».

2. La Lune et au-delà

Médiatiquement, ce qui détournera le mieux l’attention de ces problèmes immédiats, ce sera peut-être l’exploration spatiale.

  • La Lune pourrait avoir droit (si tous ces groupes respectent leurs calendriers) à pas moins de neuf missions cette année, en orbite ou sur son sol. Cinq sont de la NASA (incluant un aller-retour de la capsule Orion, celle qui transportera vraisemblablement, d’ici 2024, des astronautes), dont trois en partenariat avec des entreprises privées qui veulent chacune expérimenter leur véhicule roulant. Les quatre autres sont d’autant de pays: Inde, Russie, Corée du Sud, Japon.
  • La Chine complétera l’assemblage de sa station spatiale. Plus de 1000 expériences scientifiques sont sur une liste d’attente et un deuxième équipage devrait s’y rendre cette année, après un premier l’automne dernier.
  • Un astéroïde recevra un visiteur: en septembre, la sonde américaine DART devrait entrer en collision avec Dimorphos afin de mesurer à quel point une telle collision pourrait altérer la course d’un objet risquant de percuter la Terre. Pour qui en douterait, cette mission était en cours avant le film Don’t Look Up.
  • Deux grosses fusées auront droit à leur première fois. En mars ou avril, ce sera le Space Launch System, ce lanceur de la NASA attendu depuis une décennie, censé être celui qui servira aux missions lunaires. Et plus tard dans l’année, le SpaceX Starship, qui pourrait être entre autres choses son compétiteur pour les éventuelles missions lunaires.

3. Aux frontières de l’univers connu

Beaucoup moins médiatiques seront les recherches au Large Hadron Collider pour investiguer les limites des modèles expliquant comment le cosmos est ce qu’il est. Après une pause de trois ans —allongée pour cause de Covid— ce gigantesque accélérateur de particules franco-suisse sera de retour avec une « mise à jour » qui pourrait permettre de nouvelles mesures de cette particule appelée le boson de Higgs, et de la façon dont elle se place ou non dans le « Modèle standard » —notre meilleure description, à l’heure actuelle, de la façon dont interagissent les particules connues et les quatre forces connues. Également à surveiller:

  • Un « accélérateur d’isotopes » ou « faisceau d’isotopes rares » construit au coût de 730 millions$ à l’Université d’État du Michigan, commencera cette année à générer des isotopes rares. C’est-à-dire des particules qui ne peuvent être créées que dans des étoiles à neutrons ou des explosions de supernova.
  • Les détecteurs d’ondes gravitationnelles ont récemment pu « observer » les effets indirects de la collision entre deux trous noirs. En 2022, leur cible est à présent du côté des trous noirs super-massifs —des milliards de fois la masse de notre Soleil— s’approchant d’une collision.
  • Et plus près du plancher des vaches, la Chine décrochera peut-être la palme du nouveau super-ordinateur le plus rapide: plus de 1 000 000 000 000 000 000 d’opérations par seconde, ce qui en ferait le premier supercalculateur « exaflopique » (exascale computing). On parle d’une puissance de calcul de 10 exposant 18 flops. Les ingénieurs du Laboratoire Oak Ridge, aux États-Unis, sont également dans la course.

4. Des vaccins, encore

Au-delà des débats sur une troisième ou même une quatrième dose de vaccin anti-COVID, l’attention des experts se porte surtout sur une nouvelle génération de vaccins, qui seraient capables de donner une immunité plus large —compte tenu de ces variants qui se succèdent— ou qui seraient plus faciles à distribuer dans les pays du Sud. On parle de vaccins à base de protéines dans le premier cas —qui ont atteint la phase 3 des essais cliniques à la fin de 2021— ou du vaccin à ADN ZyCoV-D, en Inde dans le second cas, de même que d’un vaccin appelé Corbevax, développé à l’Hôpital pour enfants du Texas et autorisé en décembre en Inde. Rien ne permet d’affirmer pour l’instant que ces vaccins garderont la même efficacité à mesure que le virus évoluera, mais si un large segment de la population des pays les plus pauvres peut être vacciné plus vite, la probabilité d’un nouveau variant dangereux s’en trouvera diminuée.

  • Et finalement, en dehors de la COVID: en 2022, le vaccin contre la malaria qui a été autorisé en octobre par l’OMS pour distribution à grande échelle, va faire son entrée dans plusieurs pays. Le vaccin RTS,S s’adresse aux enfants de moins de 5 ans, dont plus de 260 000 meurent de malaria chaque année. La protection qu’il offre est imparfaite: on parle d’une réduction de l’hospitalisation de 30%. Mais c’est mieux que tous les vaccins testés et abandonnés au fil des décennies. Personne ne peut toutefois dire si les enfants vaccinés auront toujours cette immunité à l’âge adulte.

5. Les objectifs du développement durable sur la sellette

La lutte contre la malaria et contre les maladies comme la tuberculose ou le VIH, s’inscrit parmi les 17 Objectifs du développement durable adoptés en 2015 aux Nations unies. Parmi les cibles que s’étaient fixées les États à l’horizon 2030, il y avait l’éradication de la pauvreté, la lutte contre la faim, l’accès à une éducation de qualité, la lutte contre les changements climatiques et la protection de l’environnement. Inutile de dire que ces cibles ont été reléguées aux coulisses pendant ces deux années de pandémie. 2022 sera donc une année-clef pour voir quels États sont prêts non seulement à relancer des actions, mais à investir pour rattraper le retard pris depuis deux ans —par exemple, des millions d’enfants ont perdu un accès facile à l’éducation dans les pays en voie de développement, faute des technologies nécessaires pour faire l’école à distance. Dans un éditorial publié en décembre, la revue Nature invitait également les chercheurs à « travailler à résoudre les tensions de longue date entre climat, conservation de la biodiversité et sécurité alimentaire ».

Image: Isabela Kronemberger