Un autre cas où la « cervelle d’oiseau » se révèle plus ingénieuse que prévu? En Australie, des chercheurs n'ont documenté rien de moins qu’une « course à l’innovation » entre cacatoès et humains… pour apprendre à ouvrir les poubelles.

Ça avait commencé par ces poubelles à couvercles. On aurait pu croire que l’oiseau aurait été pris au dépourvu par ces couvercles qui se referment sur lui dès qu’il les relâche: au contraire, l’oiseau a appris à pousser le couvercle avec son bec, et à se déplacer sur le bord de la poubelle, de manière à soulever le couvercle assez haut pour qu’il finisse par retomber de l’autre côté. Ce qui laisse le champ libre à l’oiseau pour aller chercher de la nourriture dans la poubelle.

Des humains ont cru que de poser des briques ou des roches sur les couvercles suffirait: certains des oiseaux ont appris à pousser les briques. C’est ce qui a inspiré aux chercheurs l’expression « course à l’innovation », qu'ils ont employée dans leur article paru le 12 septembre dans la revue Current Biology.

Bien plus, les premiers « cacatoès à crête soufrée » à avoir trouvé un truc l’ont transmis à d’autres qui les observaient, avec pour résultat que, d’un quartier à l’autre, on constate que les techniques pour ouvrir un couvercle peuvent différer (avec le bec, avec le bec et une patte, en se déplaçant d’une certaine façon, etc.). Les chercheurs, sous la direction de la biologiste Barbara Klump, ont observé quelque 3200 poubelles dans quatre quartiers de la banlieue de Sydney, Australie.

Il faut noter que les résidents étaient limités dans leurs propres « innovations » par les règlements municipaux: le couvercle de la poubelle ne doit pas être bloqué par quelque chose qui, comme un cadenas, l’empêcherait de s’ouvrir lorsque le camion-benne va la soulever. La brique a l’avantage de tomber d’elle-même. Certains humains ont bloqué des objets contre l'arrière du couvercle —comme un long bâton ou même des chaussures— pour rendre leur ouverture plus difficile. Il n’est pas clair si cette innovation est celle qui réussira à déjouer les oiseaux.

Au final, les biologistes ne sont malgré tout pas si surpris. Le cacatoès est un cousin du perroquet et est connu, à l’instar des corbeaux, pour ses capacités cognitives supérieures à la moyenne des oiseaux. Mais une capacité d’adaptation aussi rapide, non pas chez un seul oiseau mais chez une population, est quelque chose de nouveau, du moins en dehors des expériences contrôlées des laboratoires.   

 

Photo d'en-tête et vidéo: Barbara Klump / Current Biology