La suite des aventures d’Elsa et Anna dans La Reine des Neiges 2 est devenue en 2020 le plus gros succès de l’histoire des films d’animations. Dans ce deuxième volet toutefois, c’est une anecdote scientifique du bonhomme de neige Olaf qui a attiré l’attention du Détecteur de rumeurs: Il assure que les tortues peuvent respirer par leur derrière.


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Vérification faite, elles n’en sont pas toutes capables, mais il existe effectivement un certain nombre d'espèces de tortues qui peuvent le faire. Le biologiste Jason Schaffer, de l’Université James Cook, en Australie, explique que toutes les tortues ont une respiration aérienne, c’est-à-dire qu’elle font entrer l’oxygène de l’air par les narines en direction des poumons. Mais certaines d’entre elles sont aussi capables de capter l‘oxygène de l’eau grâce aux surfaces de leur corps sur lesquelles affleurent des vaisseaux sanguins : la muqueuse de leur gorge, leur peau, et même leur cloaque — l’organe qui, chez les oiseaux et les reptiles, permet la sortie des œufs et l’évacuation de l’urine et des excréments.

C’est le cas par exemple des tortues serpentines à gorge blanche (Elseya albagula) qu’on peut voir évoluer dans les rivières du Queensland, en Australie. « Elles sont capables d’obtenir jusqu’à 70% de l’oxygène dont elles ont besoin grâce à la respiration aquatique, et c’est surtout dû aux échanges gazeux au niveau du cloaque », décrit ce spécialiste de l’espèce.

Il se trouve que chez ces tortues, cette zone est particulièrement bien vascularisée. « Elles ont une paire d'organes spécialisés au niveau du cloaque, appelés bourses. » Ce sont ces organes qui sont très vascularisés, « ont une grande surface d’échange et sont recouverts de muscles qui permettent de les contracter et de pomper l'eau vers l'intérieur et l’extérieur. » Les vaisseaux sanguins étant très proches de la surface à l'intérieur des bourses, l'oxygène de l'eau est absorbé directement à travers l'épithélium, dans la circulation sanguine.

Respirer de cette manière est un gros avantage pour ces tortues : ça leur permet de passer plus de temps au fond de l’eau et de conserver de l’énergie en évitant d’aller s’exposer au fort courant pour aller respirer à la surface. C’est aussi un bon moyen de rester à l’abri des prédateurs.

À noter que cette espèce de tortue d’eau douce est en danger d’extinction. En cause, la construction de barrages qui ralentissent le débit des rivières dans lesquelles elle vit ce qui, par la même occasion, limite l’oxygénation de l’eau.

Un autre exemple de tortue capable de respirer par son derrière : la tortue peinte (Chrysemys picta) qui vit en Amérique du Nord. Elle hiberne dans des eaux peu profondes, parfois recouvertes de glace. Dans ces circonstances, impossible pour elle d’aller à la surface pour prendre une bouffée d’air. Toutefois, dans ces eaux froides, son métabolisme diminue grandement et sa demande d’oxygène est très réduite. Alors pour répondre à ses besoins minimaux, elle peut compter elle aussi sur une entrée d’oxygène via le cloaque, mais de manière bien moins efficace que sa cousine australienne — qui est peut-être celle à laquelle pensait Olaf.

 

Photo: Elseya albagula / Matt Summerville/Flickr