Le méthane est-il vraiment pire que le CO2? C'est oublier que l’influence d'un gaz à effet de serre sur le réchauffement climatique dépend de trois facteurs clés : sa concentration dans l'atmosphère, sa durée de vie et son efficacité à piéger la chaleur, rappelle le Détecteur de rumeurs.


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Concentration dans l’atmosphère

Le CO2 a beau être considéré comme le principal gaz à effet de serre (GES), il n’est pas le seul. Le méthane (CH4), créé par la décomposition de matières végétales, et le protoxyde d’azote (N2O), ou « gaz hilarant », sont aussi des gaz qui piègent la chaleur dans l’atmosphère. À cette liste s’ajoutent des gaz d’origine industrielle, comme les halocarbures (PFC, HFC...) qu’on retrouve entre autres dans les systèmes de réfrigération et de climatisation.

Certes, c’est le CO2 qui est le plus présent. Et qui grimpe en flèche. Avant l’ère industrielle, sa concentration était d’environ 280 parties par million (ppm). Elle était passée à 419 ppm en mai 2021. Cette hausse fulgurante s’explique essentiellement par la production d’énergie à partir de combustibles fossiles, comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel. En comparaison, la concentration actuelle des autres GES semble négligeable: environ 1,9 ppm pour le CH4, par exemple.

 

Durée de vie

Qui plus est, ils n’ont pas la même durée de vie. On sait par exemple qu’un kilogramme de CH4 reste dans l'atmosphère une douzaine d'années, alors que le CO2 y demeure au moins une centaine d'années, et une partie jusqu’à 10 000 ans.

 

Efficacité à piéger la chaleur

Là où le méthane se démarque toutefois, c’est dans son efficacité plus grande à piéger la chaleur, c’est-à-dire sa plus grande capacité de réchauffement. On calcule cela par une mesure appelée l’équivalent CO2.

Pour pouvoir comparer les capacités de réchauffement des différents gaz à effet de serre, la communauté internationale s’est entendue sur cette unité dès la signature du Protocole de Kyoto, à la fin des années 1990 : l’équivalent CO2 exprime le potentiel de réchauffement global (PRG) des GES sur une période donnée. Comme son nom l’indique, cette mesure prend le CO2 comme référence, ce qui explique pourquoi le PRG du CO2 est systématiquement de 1, et ce, sur 20 ans, 100 ans ou 500 ans.

Le pouvoir réchauffant de chaque GES est ensuite calculé en fonction de la même masse de CO2 pour une durée donnée, fixée arbitrairement à un siècle par le Protocole de Kyoto. Le CH4 a ainsi un PRG de 25, ce qui signifie que sa contribution marginale au réchauffement global est 25 fois plus importante que celle du CO2 sur 100 ans.

Cet effet serait encore plus prononcé si on ramenait la période de calcul sur 20 ans, ce qui est toutefois déconseillé. Cela gonflerait l'importance des GES à courte durée de vie, comme le méthane, et pourrait détourner des efforts nécessaires pour diminuer les GES qui jouent un rôle plus important dans les changements climatiques, comme le CO2.

C’est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui a été chargé de déterminer les valeurs du PRG de chaque GES sur 100 ans. Même si elles font consensus, ces valeurs révisées en 2007 ne sont pas parfaites. Le PRG sur 100 ans du CH4 pourrait ainsi être de 30 % moins élevé à 40 % plus élevé que la valeur calculée par le GIEC. Plus le temps de séjour d’un GES dans l’atmosphère est court, plus il y a d'incertitudes quant à son PRG.

 

Applications nombreuses

Bien qu’imparfait, l’équivalent CO2 permet de simplifier la conversation sur les changements climatiques. C’est grâce à lui qu’on peut affirmer que le CO2 est responsable de 80 % des émissions de GES aux États-Unis. Ou que les émissions totales de GES du Canada en 2019 s’élevaient à 730 mégatonnes d’équivalent CO2. Ou encore que la substitution d’un carburant d’automobile donné par un autre réputé moins polluant émet bel et bien moins de GES. Ou que le nouvel Engagement mondial en faveur du méthane, qui verra en principe plus de 100 pays réduire de 30% leurs émissions de méthane dans les secteurs du carburant, de l'agriculture et des déchets d'ici à 2030, ne représente qu’un petit pas dans la lutte aux changements climatiques.

 

Image: Loose necktie / Wikipedia Commons