La technologie peut être utilisée pour réduire la pollution et la consommation dans nos villes en surveillant et en contrôlant bien de ses aspects. Mais la "technification" de nos villes permet-elle réellement une réduction des impacts environnementaux à l'échelle mondiale ?

Lorsque vous allez courir dans votre parc favori par un frais mardi soir, vous amenez probablement votre téléphone avec vous. Ce dernier est peut-être connecté à votre montre et les deux vous permettent de surveiller votre pouls, votre vitesse et votre position. Puis, alors que vous entrez dans le parc, les lumières s'allument puis s’éteignent le long du sentier au fur et à mesure que vous avancez grâce aux informations récoltées par les capteurs en amont et votre vitesse.

La technologie des capteurs qui nous entoure prend de nombreuses formes. Elle peut être relativement simple, comme les capteurs dans un lampadaire mesurant la pollution de l'air, ou des capteurs qui allument et éteignent la lumière à votre passage. Elle peut également s’illustrer dans des systèmes plus complexes, comme par exemple un système composé de capteurs et de données historiques qui fournit des informations à un feu de circulation, afin que celui-ci s'ajuste automatiquement pour éviter la congestion. Toute cette technologie est souvent utilisée pour contrôler et réduire la pollution dans les villes en évitant la congestion mais il existe d’autres systèmes permettant de réduire la consommation de ressources comme l'électricité et l'eau. La réduction de la pollution obtenue grâce à l'utilisation d'une technologie donnée apporte une réelle contribution bénéfique, mais qu'en est-il des ressources énergétiques et des matières premières qu'il faut pour fabriquer cette technologie ? Est-ce que la réduction de la pollution due à l'utilisation de la technologie compense celle provenant de sa production ?

Ces questions ne sont pas souvent posées lorsque les décideurs parlent des moyens de réduire la pollution dans leurs villes. Ce qui est compréhensible, car nous n'avons pas l'habitude de penser de cette façon et nous voulons vraiment croire qu'il existe une solution simple aux problèmes climatiques de notre planète. En ce sens, il est facile de croire en la technologie, car elle a prouvé son utilité pour la civilisation humaine depuis des années. 

Si nous voulons trouver les réponses à ces questions, il est intéressant d'adopter une perspective de cycle de vie où tous les aspects de l'utilisation de la technologie dans les villes sont pris en compte allant de l'extraction de métaux précieux pour la fabrication d'un capteur, l'utilisation du capteur dans la ville et l'élimination après usage. Tout cela peut être analysé et quantifié grâce à l'analyse du cycle de vie (ACV). Mais il est également nécessaire de considérer les effets que la technologie utilisée peut avoir sur la ville et le système urbain. Pour cela, il est possible d'utiliser les principes du métabolisme urbain.

La réponse apportée par l'ACV et le métabolisme urbain montre les conséquences environnementales pour la ville et ses environs. Il est vrai que la pollution à l'intérieur de la ville peut être réduite par l'introduction de diverses mesures technologiques, mais dans de nombreux cas, cela nécessite une augmentation de la pollution là où la technologie est produite. C'est ce qu'on appelle le transfert de problème, car nous faisons simplement déplacer le problème de la pollution au lieu de le réduire. Le déplacement de la charge environnementale fait référence à l'emplacement géographique, mais aussi à la nature de la charge environnementale. Prenons l'exemple des feux de signalisation. En minimisant la congestion causée par les feux de circulation, les émissions des voitures en attente seront réduites. Cependant, la consommation de métaux précieux pour l'électronique et les capteurs qui contrôlent les feux de circulation va augmenter, ainsi que la consommation d'électricité et d'eau nécessaires à la production. De ce fait, la charge environnementale d'un impact très visible, la congestion de la circulation, se déplace vers des charges moins visibles pour l'environnement. En termes simples, c’est réduire la pollution de l'air à un endroit, mais augmenter la consommation de ressources et potentiellement la pollution de l'air due à la consommation d'électricité à un autre endroit. Ce déplacement de la charge environnementale du système urbain vers la production et l'extraction des matières premières se faisant à l'extérieur de la ville est illustré à la figure suivante.

Schéma1

Illustration du déplacement de la charge environnementale, à gauche, la technologie permet de réduire la pollution dans les villes (nuage gris), mais dans le même temps, à droite, la production engendrée augmente la pollution.

Il y a des cas où, même si la consommation mondiale et la pollution ne sont pas réduites, l'utilisation de la technologie peut encore être bénéfique pour l'environnement au niveau local. Par exemple, les régions où l'eau est rare pourraient bénéficier de technologies permettant de l'économiser et de la réutiliser. Il peut donc parfois être une bonne idée de donner la priorité aux problématiques environnementales locales. Cependant, il est difficile de le dire en ce qui concerne la pollution de l'air et les émissions de GES, car, contrairement au smog par exemple, cette pollution est globale.

Alors, devrions-nous continuer à faire confiance à la technologie pour améliorer les conditions environnementales dans nos villes ? Possiblement, mais nous avons besoin des connaissances acquises grâce à des outils tels que l'ACV et le métabolisme urbain pour être conscients de l’éventuel transfert de charge et permettre aux décideurs de prendre des décisions éclairées.

  • Kikki Lambrecht Ipsen, candidate au doctorat au LIRIDE (Université de Sherbrooke).